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DÉCOUVERTE DE TRÉSORS

L’invraisemblable histoire du trésor corse de Lava

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Par Jacques MANDORLA

Auteur du livre « 60 trésors fabuleux à découvrir » (Éditions Trajectoire)

Un exceptionnel ensemble de monnaies romaines et d’objets en or du IIIe siècle après J.-C. a été découvert par trois pêcheurs d’oursins en 1985, dans le golfe de Lava près d'Ajaccio (Corse). Ce site fournissant des pièces d’or depuis longtemps, il est probable qu’elles proviennent toutes d’un même trésor.

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C’est en septembre 1985, dans la crique de Capo di Feno dans la partie sud du golfe de Lava en Corse, que trois pêcheurs d’oursins affirment avoir découvert un fabuleux trésor de pièces d’or romaines (l’endroit présumé de la trouvaille est indiqué par la flèche).

Félix Biancamaria, son frère Ange et leur ami Marc Cotoni sont des passionnés de la pêche aux oursins. Ils plongent régulièrement dans le golfe de Lava, au nord d'Ajaccio.

Les journées se ressemblent toutes, jusqu’à ce matin du 6 septembre 1985 où tout bascule. Ils choisissent d’aller au sud du golfe, dans la crique de Capo di Feno, entre le rocher de Pietra Piumbata et la côte : « On cherchait des oursins mais, ce jour-là, les fonds marins nous ont offert un plus grand trésor. Nous sommes tombés par hasard, à deux mètres de profondeur, sur trois pièces d'or, datant du IIIe siècle après Jésus-Christ, incrustées dans la roche et recouvertes en partie de concrétions marines », raconte Félix Biancamaria dans son livre Le Trésor de Lava - La fièvre de l’or romain chez les plongeurs corses, publié en 2004 chez Albin Michel.

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Félix Biancamaria remonte à la surface une pièce d’or qu’il affirme avoir trouvée à 2 m seulement de profondeur et avoir décollée d’un rocher au moyen d’un couteau de plongée.

Ce n’est pas la première fois qu’on trouve à cet endroit des monnaies en or. En effet, dès 1956, on signale l’apparition sur le marché numismatique français de 41 pièces d'or  romaines : 35 aurei (monnaie d’or pesant environ 5 g) et 6 multiples (pièce valant 8 aurei, donc pesant près de 40 g) émis au IIIe siècle après J.-C., au cours des règnes de Gallien (253-268), de Claude II le Gothique (268-270), de Quintille, le frère cadet de Claude (qui régna seulement deux mois en l’an 270 !) et d’Aurélien (270-275). Après enquête, on apprend que toutes ces monnaies auraient été trouvées au début des années 1950 en Corse du Sud.

Ces pièces sont dispersées aux enchères, puis font l'objet deux ans plus tard d'un long article dans la Revue numismatique, rédigé par Jean Lafaurie, directeur des études de numismatique romaine à l'École pratique des hautes études, et intitulé « Trésor d'un navire romain trouvé en Méditerranée ». L’auteur révèle qu’une première découverte a déjà eu lieu au XIXe siècle (aux alentours de 1860) : « C'était il y a environ cent ans : un pêcheur de corail trouva, le long des côtes de la Corse, un trésor de monnaies d'or. Bien que toutes les monnaies soient dans l'état que les numismates ont convenu d'appeler à « fleur de coin », de nombreux exemplaires présentent des défauts superficiels affectant la surface et surtout la tranche, qui n'ont pu être causés que par un chauffage intense, tel celui d'un incendie dont la violence aurait provoqué un début de fonte des pièces. Il est possible de supposer l'incendie d'un navire ».

Vingt-deux ans plus tard, en 1980, Jean Lafaurie actualise son article avec l’aide d’Hélène Huvelin et révèle alors : « Depuis 1970-71, des monnaies de mêmes types, de mêmes émissions, en particulier les si extraordinaires multiples d'or de Claude II, apparaissent ça et là lors de ventes publiques ou ont été signalées chez divers experts ». L’auteur signale, en effet, l’apparition de 44 nouvelles monnaies sur le marché (37 aurei et 7 multiples des quatre mêmes empereurs que ceux du lot de 1958), plus un aureus de l’impératrice romaine Otacilie (244-249), l'épouse de Philippe l’Arabe.

Dans un remarquable article du numéro XXIV de la revue Trésors monétaires, publiée en 2010 par la Bibliothèque nationale de France, Sylviane Estiot, directrice de recherches au CNRS, ne croit pas du tout à la thèse de la découverte de monnaies au XIXe siècle. Pour elle : « Il ne fait guère de doute que le trésor a été découvert à date récente par des plongeurs ».

Les plus importantes découvertes du trésor de Lava vont cependant être réalisées à partir de septembre 1985 par les trois plongeurs corses, pêcheurs d’oursins.

Éboulis terrestre ou épave maritime ?

Félix Biancamaria a fourni des précisions intéressantes sur sa découverte : « On plongeait tous les jours non-stop, de 8 heures du matin jusqu'à 3-4 heures de l'après-midi. On a dû remonter pas loin de 600 pièces d’or. Chaque soir, c'était la fête avec les amis. La folie ! Moi, je flambais plutôt à Paris, à Nice ou à Deauville, c'était moins voyant. Mais mon frère Ange et notre ami Marc, eux, restaient sur l'île : boîtes de nuit, champagne à gogo... Les gens pensaient même qu'on faisait partie du gang des postiches ! ».

Félix Biancamaria a révélé avoir vendu la quasi totalité de ses pièces d’or. D’abord, affirme-t-il, à des Américains, venus spécialement en Corse en décembre 1985 avec deux mallettes pleines de billets : en tout, il aurait négocié, selon lui, 340 monnaies pour 4 millions de francs (610 000 euros environ) !

Puis, en mars 1986, il cède une vingtaine d’autres pièces à Jean Vinchon, un expert numismate parisien renommé : « Je monte à Paris et, le soir même, je suis dans son cabinet. Je lui dit qu’on a trouvé tout ça en allant à la pêche aux oursins. Il m'interrompt aussitôt et me dit qu’il vaut mieux affirmer qu’il s’agit d’un trésor de famille parce que ces pièces sont rares et qu’elles peuvent être considérées comme un trésor archéologique ».

La fille de l’expert numismate, aujourd'hui décédé, fournira plus tard une autre version : « Biancamaria est arrivé en assurant qu'il s'agissait d'un don de son père. Il voulait à tout prix de l’argent liquide, car il était très pressé ». Qui croire ? Ce qui est certain, c’est que Félix Biancamaria ressort du bureau de l’expert avec, en poche, 550 000 francs en espèces (84 000 euros environ) ! Il avouera plus tard que s’il ne s’était pas précipité pour vendre ses monnaies, il aurait pu en obtenir 3 à 4 fois plus d’argent ! Mais il ne culpabilisait absolument pas de les brader, car il était non seulement pressé de mener la grande vie, mais il était surtout persuadé que son filon était inépuisable et qu’il suffisait de retourner plonger sur le site de Lava pour récupérer de nouvelles pièces d’or !

Biancamaria révèle aussi avoir trouvé deux anneaux d’or de 3 cm de diamètre (trop grands donc pour être des alliances), pesant 20 g environ chacun, et des bracelets en or (tout simples, sans gravures) qu’il a fondus, avec des monnaies abîmées ayant une faible valeur, en une boule d’or pesant environ un kilo… boule qu’il se fera voler un jour dans son bungalow pendant qu’il était en plongée !

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Félix Biancamaria tient dans ses mains un superbe et rarissime médaillon à l’effigie de Claude II le Gothique. Un exemplaire de ce type, mais de qualité inférieure, a été vendu le 18 juin 2004 pour 15 000 euros.

Le trésor a certainement appartenu à un haut dignitaire de Rome (officier supérieur, sénateur, gouverneur…) qui se serait embarqué d’un port du nord de l’Italie (Gênes ?) à destination de l'Afrique, via la Corse. L’analyse des monnaies permet de situer le terminus ante quem, c’est-à-dire la date de la pièce la plus récente (il s'agit d'un aureus de l’empereur Aurélien) et donc d’affirmer que le trésor a été perdu à la fin de l'année 272 ou au tout début de l’an 273.

Pour les historiens, deux thèses s’affrontent

Première hypothèse : le navire aurait percuté un récif dans le golfe de Lava, puis pris feu avant de couler. Cette thèse du naufrage est parfaitement plausible car de nombreuses pièces d'or présentent, on l’a vu, des traces d’exposition au feu. Mais un fait me surprend : les plongeurs des services archéologiques n’ont retrouvé ni vestiges de bateau, ni poteries antiques sur le site. Ce qui aurait dû être le cas s’il y avait eu naufrage.

Seconde hypothèse : elle est fondée sur une rumeur qui circule depuis bien longtemps dans le village de Villanova, qui surplombe le golfe de Lava. Sur les hauteurs existeraient les ruines de villas romaines. Au XIXe siècle, des ouvriers italiens qui travaillaient dans les vignes de la région auraient trouvé une ou plusieurs jarres contenant des pièces en or, dont ils auraient caché une partie dans une grotte située près de la mer. Suite à un éboulement de la falaise, le trésor serait alors tombé dans la mer. Malheureusement, dans l’eau, on n’a jamais trouvé de morceaux de poteries provenant d’éventuelles jarres.

Savoir laquelle des deux hypothèses est la vraie est absolument fondamental pour les trois découvreurs : en effet, selon la loi française, si le trésor est d'origine terrestre, il appartient pour moitié aux trois plongeurs et pour moitié au propriétaire du terrain situé sur les hauteurs. S'il s'agit d'une épave maritime, il appartient à l'État français.

1995 : condamnation des trois plongeurs

Le 7 novembre 1986, le journal Nice Matin révèle l’affaire au grand public, en titrant : « Découvert par des pilleurs d’épave, l’or de Lava mis aux enchères à Monaco ». Une partie du trésor (18 pièces, présentées sous les numéros 32 à 49 avec l’intitulé « Trésor de monnaies romaines en or, un nouveau lot du trésor d’aurei trouvé en Méditerranée ») est, en effet, proposée aux enchères au Sporting d'Hiver de Monte-Carlo le 15 novembre, mais elle est saisie avant la vente par les Douanes, à la demande du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM).

Se fondant sur le principe que tout trésor trouvé en mer est considéré comme épave maritime (alors qu’aucune trace d’épave n’a été trouvée !), l'État français confisque les 18 superbes pièces du trésor de Lava exposées dans le catalogue. Parmi elles, se trouve un rarissime médaillon de Gallien dont la valeur a été estimée à 150 000 euros ! Ce multiple en or de 8 aurei, frappé en 266, porte à l’avers la tête couronnée de l’empereur et, au revers, deux mains qui se serrent en signe d’union (ce que les Romains appelaient le dextrarum junctio) avec la légende « CONCORD. P.R. ET MILIT. » (L’entente du Peuple Romain et des soldats) entourée d’une couronne de lauriers.

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Rarissime multiple en or de Gallien,  frappé en 266 et trouvé à Lava : au revers, deux mains avec la légende « CONCORD. P.R. ET MILIT. » (L’entente du Peuple Romain et des soldats) entourée d’une couronne de lauriers. Valeur estimée : 150 000 euros !

Sur commission rogatoire du juge d’instruction au Tribunal de grande instance d’Ajaccio, la gendarmerie réagit immédiatement : elle procède à des inculpations pour détournement et recel d’épave maritime, ainsi qu’à des saisies. L’ensemble de cette action, réalisée aussi bien en Corse que sur le continent chez des particuliers et des experts numismates, aboutit à la saisie de 73 monnaies provenant du trésor. Le 18 novembre, le DRASSM envoie des plongeurs dans le golfe de Lava. En vain : aucune monnaie, aucune trace d’épave ne sont trouvés. Le site, localisé précisément par les gendarmes (coordonnées GPS : 41°58,2'N / 8°36,6'E), est alors interdit de plongée par arrêté préfectoral.

Désireux d’identifier les individus qui ont mis toutes ces pièces d’or sur le marché numismatique, le procureur d'Ajaccio lance une vaste opération de police. De son côté, Interpol diffuse sans tarder un message aux polices du monde entier, dans lequel il est précisé que ces monnaies sont invendables car elles appartiennent à l’État français.

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L'affiche d’Interpol, envoyée aux principales polices du monde entier, précise que les monnaies du trésor de Lava sont invendables car elles appartiennent à l’État français.

Finalement, après neuf ans d'investigation et plus de 500 personnes interrogées, l’enquête est bouclée : la justice condamne alors, le 15 novembre 1995, lors du procès en appel, les frères Ange et Félix Biancamaria, ainsi que leur ami Marc Cotoni (qui mourra assassiné en 2004 à Ajaccio) à 18 mois de prison avec sursis et 100 000 francs d'amende (15 200 euros environ). Des sommes dérisoires par rapport à ce qu’ont touché, en espèces, les trois inventeurs du trésor !

Les 73 aurei et multiples, saisis par la Gendarmerie à la fin de 1986, ont été déposés après jugement au Cabinet des Médailles, par la Sous-Direction de l'Archéologie au Ministère de la Culture : sur les 73 monnaies, la Bibliothèque nationale de France en conserve 40. Les 33 autres exemplaires ont été rétrocédés au musée de Sartène (Corse du Sud).

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L’État français, après avoir exercé son droit de propriété sur l’épave maritime (mais aucune épave n’a été retrouvée !), a fait confisquer 73 monnaies qu’il a ensuite confiées au Cabinet des Médailles à Paris et au musée de Sartène (Corse du Sud).

Réapparition d’un rarissime plat en or

Malgré le jugement de novembre 1995 condamnant les trois plongeurs, les policiers poursuivent leurs investigations, comme le confie l’un d’eux, sous couvert d’anonymat : « En dépit des saisies de l'époque, une partie du trésor manquait néanmoins à l'appel. Nous recherchions notamment d'autres monnaies, mais aussi un rarissime plat en or qui était susceptible d'être écoulé sur des marchés clandestins ». Ce plat en or avait été trouvé sous l’eau en octobre 1986, mais son existence n’a été révélée qu’en juillet 1992, grâce à un croquis saisi chez un antiquaire d'Ajaccio.

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À gauche : croquis du plat en or à l’effigie de l'empereur Gallien, saisi chez un antiquaire d'Ajaccio en juillet 1992. À cette date, le plat est toujours recherché : il ne sera retrouvé qu’en 2010. À droite : photo du plat, découvert tordu sur lui-même. Cette pièce unique d'orfèvrerie, de 25 cm de diamètre et de 3 mm d’épaisseur, pèse 918 g. Il comporte, en son centre, un rarissime médaillon de Gallien.

Les recherches conjointes de la Douane judiciaire, de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels et du Groupe d'intervention régional (GIR) d'Ajaccio vont finalement permettre de récupérer l’objet à la gare du Nord à Paris, le 21 octobre 2010, dans un bagage de Félix Biancamaria !

Ce dernier revient sur l’affaire : « Un jour, sous un énorme rocher à 5 ou 6 mètres de profondeur, je vois une sorte d'assiette tordue sur elle-même, de la forme d’un ballon de rugby avec, au centre, un gros médaillon représentant la tête de l’empereur Gallien et, à l’arrière, un anneau mobile servant certainement à accrocher le plat à un mur. Peu de temps après, ce plat en or est vendu par un de mes amis. Pendant près de vingt-cinq ans, je n'en entends plus parler. Puis, un jour, j'ai été contacté par un autre ami, qui m'explique qu'il a récupéré le plat et me demande si je connais un acheteur potentiel. J’ai alors trouvé un acheteur en Belgique et j’ai sauté dans un TGV. Arrivé sur place, l'acheteur m'a dit qu'il n'était plus intéressé par cette pièce. Je pense qu'il avait dû se renseigner auprès d'experts qui l’ont alerté sur le caractère rarissime de l'objet. Au retour sur Paris, j'étais tranquillement installé à ma place lorsqu'une quinzaine de policiers ont débarqué dans mon compartiment au moment où le TGV entrait en gare du Nord. Ils m'ont fouillé, menotté et confisqué le plat en or. Puis, ils m'ont escorté au commissariat de Nanterre. Là, je suis resté en garde à vue 48 heures. C'est une expérience douloureuse à vivre. J'ai été concerné par sept chefs d'inculpation, dont vol d'objets appartenant à l'État et recel en bande organisée, puis soumis à un contrôle judiciaire quatre fois par mois ».

Grâce à cette saisie policière, on en sait un peu plus sur ce plat en or : il fait 25 cm de diamètre, 3 mm d’épaisseur, pèse 918 g et possédait, d’après Félix Biancamaria, un grand médaillon de l'empereur Gallien incrusté en son centre que le plongeur s’était empressé de revendre ! Les spécialistes pensent que cet exceptionnel objet d’orfèvrerie a été fabriqué spécialement pour les festivités célébrant les « Décennales » (dix années de règne) de Gallien, qui se sont déroulées à l’automne 262.

Sans être aussi richement travaillé que la patère en or massif, trouvée en 1774 à Rennes et datant du même IIIe siècle après J.-C. (elle se trouve au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale à Paris), le plat en or de Gallien est quand même une pièce rare, estimée à un ou deux millions d'euros !

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La patère trouvée en 1774 à Rennes est un plat en or utilisé pour des cérémonies religieuses : on y voit Bacchus et Hercule en train de boire. Cette scène est entourée de 16 aurei d’empereurs. Poids : 1 375 g. Diamètre : 25 cm.

Où se trouvent toutes les monnaies découvertes à Lava ?

Aujourd’hui, la police est loin d’avoir récupéré tous les objets du trésor de Lava, car ils ont été vendus sous le manteau : seuls le plat en or et 73 monnaies, sur un total d’environ 600, d’après les confessions de Félix Biancamaria, ont pu être saisis par l’État.

Sylviane Estiot, directrice de recherches au CNRS, a effectué en 2008 un important travail documentaire dans les archives : elle a finit par recenser 450 monnaies du trésor de Lava, parmi lesquelles 3 médaillons de Gallien avec le revers « CONCORD. P.R. ET MILIT. » (on n’en connaissait aucun exemplaire jusque-là) et 41 médaillons de Claude II (on n’en connaissait qu’un seul, conservé au musée de Vienne en Autriche). Elle estime que le trésor devait comporter, à l’origine, entre 1 200 et 1 400 monnaies d’or.

Hormis ces 73 pièces récupérées, la quasi totalité des monnaies du trésor de Lava sont, d’après la rumeur, passées dans les mains de nombreux marchands professionnels, collectionneurs et même… de dentistes qui ont fondu des pièces pour en faire de l’or dentaire servant à réaliser des couronnes ! On dit aussi que certains membres du milieu corse, ayant servi d’intermédiaires pour la vente, auraient profité de cette occasion pour faire des surmoulages des médaillons et commercialiser ces faux comme étant de véritables originaux !

Compte tenu de la vigilance d’Interpol, il est quasiment certain qu’aucune monnaie ne réapparaîtra sur le marché avant des dizaines d’années : leurs possesseurs se les feraient, en effet, confisquer !

Par ailleurs, je suis persuadé qu’il reste d’autres pièces d’or sous l’eau. En effet, à la fin du XIXe siècle, on sait qu’un effondrement de la falaise a eu lieu en face du rocher de Pietra Piumbata… précisément là où ont été trouvées les monnaies et le plat ! C’est pourquoi je pense qu’il y a encore des objets précieux sous les éboulis. Il serait donc judicieux de faire enlever, par des plongeurs du DRASSM, les gros blocs de pierre qui tapissent le fond de la crique, à seulement quelques mètres de profondeur. On mettrait ainsi au jour le reste du trésor de Lava !

Diffusion d’un reportage sur Arte

Le 22 août 2015, la chaîne télévisée Arte a présenté un documentaire signé Karel Prokop, qui révèle trois informations inédites.

D’une part, les recherches sous-marines du DRASSM, réalisées jusqu’à 50 mètres de profondeur, n’ont pas permis de détecter le moindre élément indiquant la présence d’une épave : clous, morceaux d’amphores, objets de la vie quotidienne…

D’autre part, certains protagonistes de l’affaire (refusant de dévoiler leur identité devant la caméra) affirment qu’une statuette a été aussi découverte dans l’eau : elle serait en or, pèserait dans les 20 kg, ferait une trentaine de centimètres de hauteur et représenterait un jeune éphèbe tenant une huître dans sa main droite.

Enfin, des recherches effectuées en Italie dans les archives de l’histoire de l’Empire romain auraient permis de donner un nom à l’éventuel propriétaire du trésor : il s ‘agirait d’un certain Julius Placidianus qui fut préfet du prétoire, puis consul en 273.

De façon certaine, on peut donc conclure qu’à ce jour l’énigme du trésor de Lava n’est toujours pas résolue, mais que des rebondissements ne sont pas à exclure dans l’avenir !

 

Un médaillon en or de Claude II vendu 15 000 euros !

On a vu que plusieurs exemplaires d’un multiple en or de 8 aurei à l’effigie de Claude II le Gothique ont été trouvés dans les eaux du golfe de Lava. Une seule de ces monnaies a échappé à la saisie au profit de l’État : elle est, en effet, passée deux fois en vente publique. La première fois, le 9 juin 1986 lors de la vente sur offres Pesce-Poinsignon : la monnaie a alors été acquise pour 30 000 francs (4 600 euros environ). La seconde fois, le 18 juin 2004 lors de la vente sur offres n°21 de la Compagnie Générale de Bourse (CGB), au cours de laquelle la même monnaie a atteint le prix de 15 000 euros.

Ce multiple a été frappé à Milan (Mediolanum) en 268 après J.-C. Son diamètre est de 35,5 mm et son poids de 39,2 g. Son état de conservation est très moyen (TB), à cause d’une usure marquée. D’autres multiples de Claude II, confiés au Cabinet des Médailles à Paris, dont la qualité est superbe, sont estimés à plus de 50 000 euros l’exemplaire !

Sur l’avers figure le buste lauré et cuirassé à droite, l’égide (bouclier de Zeus) posée sur l’épaule. On lit : IMP. C. M. AVRL. CLAVDIVS. P. F. AVG. (Imperator Caesar Claudius Augustus, Empereur César Claude Auguste). Sur le revers apparaît la Concorde drapée, debout de face, regardant à droite et tenant une enseigne militaire dans chaque main. On lit : CONCORDIA EXERCITUS (L’entente de l’armée).

Ce médaillon est considéré par les spécialistes comme une émission dite de donativum, c’est-à-dire qu'il a été offert en cadeau par l'empereur Claude II à de hauts dignitaires, civils ou militaires.

Avant la découverte du trésor de Lava, le seul exemplaire connu de ce type était celui possédé par le musée de Vienne (Autriche), mais sa valeur est seulement de six aurei et non de huit.

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Ce multiple en or de huit aurei, à l’effigie de Claude II le Gothique, a été confié au Cabinet des Médailles à Paris, après saisie au profit de l’État. Compte tenu de son état superbe, sa valeur est estimée à plus de 50 000 euros.

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