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DÉCOUVERTES DE TRÉSORS

  • DÉCOUVERTE DE TRÉSORS

    Rebondissement dans l'affaire du trésor de Lava (Corse) !

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    Samedi 11 mars 2017 : la presse fait état de l'arrestation de 4 personnes habitant la Corse et impliquées dans un trafic d'armes semi-automatiques, destinées à être transformées en armes de guerre !

    Lors d'une perquisition au domicile de l'un de ces trafiquants, dans le village de Casamaccioli, les enquêteurs découvrent 16 monnaies romaines en or : elles proviennent du trésor de Lava et allaient être revendues sur le marché asiatique.

    Jusqu'à présent, 73 monnaies seulement avaient été retrouvées sur les 1 200 à 1 400 qui devait composer cet exceptionnel trésor romain !

    Pour tout savoir sur la découverte de ce trésor, lire sur ce blog l'article que nous avons consacré à cette affaire et intitulé "L'invraisemblable histoire du trésor corse de Lava" en cliquant sur ce lien :

    http://www.blogspirit.com/admin/posts/post.php?post_id=3087937&evnt=editPost&signature=7c98fd1338c563cfe97f5b0a4907f1debd2f28e4

  • DÉCOUVERTE DE TRÉSORS

    L’invraisemblable histoire du trésor corse de Lava

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    Par Jacques MANDORLA

    Auteur du livre « 60 trésors fabuleux à découvrir » (Éditions Trajectoire)

    Un exceptionnel ensemble de monnaies romaines et d’objets en or du IIIe siècle après J.-C. a été découvert par trois pêcheurs d’oursins en 1985, dans le golfe de Lava près d'Ajaccio (Corse). Ce site fournissant des pièces d’or depuis longtemps, il est probable qu’elles proviennent toutes d’un même trésor.

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    C’est en septembre 1985, dans la crique de Capo di Feno dans la partie sud du golfe de Lava en Corse, que trois pêcheurs d’oursins affirment avoir découvert un fabuleux trésor de pièces d’or romaines (l’endroit présumé de la trouvaille est indiqué par la flèche).

    Félix Biancamaria, son frère Ange et leur ami Marc Cotoni sont des passionnés de la pêche aux oursins. Ils plongent régulièrement dans le golfe de Lava, au nord d'Ajaccio.

    Les journées se ressemblent toutes, jusqu’à ce matin du 6 septembre 1985 où tout bascule. Ils choisissent d’aller au sud du golfe, dans la crique de Capo di Feno, entre le rocher de Pietra Piumbata et la côte : « On cherchait des oursins mais, ce jour-là, les fonds marins nous ont offert un plus grand trésor. Nous sommes tombés par hasard, à deux mètres de profondeur, sur trois pièces d'or, datant du IIIe siècle après Jésus-Christ, incrustées dans la roche et recouvertes en partie de concrétions marines », raconte Félix Biancamaria dans son livre Le Trésor de Lava - La fièvre de l’or romain chez les plongeurs corses, publié en 2004 chez Albin Michel.

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    Félix Biancamaria remonte à la surface une pièce d’or qu’il affirme avoir trouvée à 2 m seulement de profondeur et avoir décollée d’un rocher au moyen d’un couteau de plongée.

    Ce n’est pas la première fois qu’on trouve à cet endroit des monnaies en or. En effet, dès 1956, on signale l’apparition sur le marché numismatique français de 41 pièces d'or  romaines : 35 aurei (monnaie d’or pesant environ 5 g) et 6 multiples (pièce valant 8 aurei, donc pesant près de 40 g) émis au IIIe siècle après J.-C., au cours des règnes de Gallien (253-268), de Claude II le Gothique (268-270), de Quintille, le frère cadet de Claude (qui régna seulement deux mois en l’an 270 !) et d’Aurélien (270-275). Après enquête, on apprend que toutes ces monnaies auraient été trouvées au début des années 1950 en Corse du Sud.

    Ces pièces sont dispersées aux enchères, puis font l'objet deux ans plus tard d'un long article dans la Revue numismatique, rédigé par Jean Lafaurie, directeur des études de numismatique romaine à l'École pratique des hautes études, et intitulé « Trésor d'un navire romain trouvé en Méditerranée ». L’auteur révèle qu’une première découverte a déjà eu lieu au XIXe siècle (aux alentours de 1860) : « C'était il y a environ cent ans : un pêcheur de corail trouva, le long des côtes de la Corse, un trésor de monnaies d'or. Bien que toutes les monnaies soient dans l'état que les numismates ont convenu d'appeler à « fleur de coin », de nombreux exemplaires présentent des défauts superficiels affectant la surface et surtout la tranche, qui n'ont pu être causés que par un chauffage intense, tel celui d'un incendie dont la violence aurait provoqué un début de fonte des pièces. Il est possible de supposer l'incendie d'un navire ».

    Vingt-deux ans plus tard, en 1980, Jean Lafaurie actualise son article avec l’aide d’Hélène Huvelin et révèle alors : « Depuis 1970-71, des monnaies de mêmes types, de mêmes émissions, en particulier les si extraordinaires multiples d'or de Claude II, apparaissent ça et là lors de ventes publiques ou ont été signalées chez divers experts ». L’auteur signale, en effet, l’apparition de 44 nouvelles monnaies sur le marché (37 aurei et 7 multiples des quatre mêmes empereurs que ceux du lot de 1958), plus un aureus de l’impératrice romaine Otacilie (244-249), l'épouse de Philippe l’Arabe.

    Dans un remarquable article du numéro XXIV de la revue Trésors monétaires, publiée en 2010 par la Bibliothèque nationale de France, Sylviane Estiot, directrice de recherches au CNRS, ne croit pas du tout à la thèse de la découverte de monnaies au XIXe siècle. Pour elle : « Il ne fait guère de doute que le trésor a été découvert à date récente par des plongeurs ».

    Les plus importantes découvertes du trésor de Lava vont cependant être réalisées à partir de septembre 1985 par les trois plongeurs corses, pêcheurs d’oursins.

    Éboulis terrestre ou épave maritime ?

    Félix Biancamaria a fourni des précisions intéressantes sur sa découverte : « On plongeait tous les jours non-stop, de 8 heures du matin jusqu'à 3-4 heures de l'après-midi. On a dû remonter pas loin de 600 pièces d’or. Chaque soir, c'était la fête avec les amis. La folie ! Moi, je flambais plutôt à Paris, à Nice ou à Deauville, c'était moins voyant. Mais mon frère Ange et notre ami Marc, eux, restaient sur l'île : boîtes de nuit, champagne à gogo... Les gens pensaient même qu'on faisait partie du gang des postiches ! ».

    Félix Biancamaria a révélé avoir vendu la quasi totalité de ses pièces d’or. D’abord, affirme-t-il, à des Américains, venus spécialement en Corse en décembre 1985 avec deux mallettes pleines de billets : en tout, il aurait négocié, selon lui, 340 monnaies pour 4 millions de francs (610 000 euros environ) !

    Puis, en mars 1986, il cède une vingtaine d’autres pièces à Jean Vinchon, un expert numismate parisien renommé : « Je monte à Paris et, le soir même, je suis dans son cabinet. Je lui dit qu’on a trouvé tout ça en allant à la pêche aux oursins. Il m'interrompt aussitôt et me dit qu’il vaut mieux affirmer qu’il s’agit d’un trésor de famille parce que ces pièces sont rares et qu’elles peuvent être considérées comme un trésor archéologique ».

    La fille de l’expert numismate, aujourd'hui décédé, fournira plus tard une autre version : « Biancamaria est arrivé en assurant qu'il s'agissait d'un don de son père. Il voulait à tout prix de l’argent liquide, car il était très pressé ». Qui croire ? Ce qui est certain, c’est que Félix Biancamaria ressort du bureau de l’expert avec, en poche, 550 000 francs en espèces (84 000 euros environ) ! Il avouera plus tard que s’il ne s’était pas précipité pour vendre ses monnaies, il aurait pu en obtenir 3 à 4 fois plus d’argent ! Mais il ne culpabilisait absolument pas de les brader, car il était non seulement pressé de mener la grande vie, mais il était surtout persuadé que son filon était inépuisable et qu’il suffisait de retourner plonger sur le site de Lava pour récupérer de nouvelles pièces d’or !

    Biancamaria révèle aussi avoir trouvé deux anneaux d’or de 3 cm de diamètre (trop grands donc pour être des alliances), pesant 20 g environ chacun, et des bracelets en or (tout simples, sans gravures) qu’il a fondus, avec des monnaies abîmées ayant une faible valeur, en une boule d’or pesant environ un kilo… boule qu’il se fera voler un jour dans son bungalow pendant qu’il était en plongée !

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    Félix Biancamaria tient dans ses mains un superbe et rarissime médaillon à l’effigie de Claude II le Gothique. Un exemplaire de ce type, mais de qualité inférieure, a été vendu le 18 juin 2004 pour 15 000 euros.

    Le trésor a certainement appartenu à un haut dignitaire de Rome (officier supérieur, sénateur, gouverneur…) qui se serait embarqué d’un port du nord de l’Italie (Gênes ?) à destination de l'Afrique, via la Corse. L’analyse des monnaies permet de situer le terminus ante quem, c’est-à-dire la date de la pièce la plus récente (il s'agit d'un aureus de l’empereur Aurélien) et donc d’affirmer que le trésor a été perdu à la fin de l'année 272 ou au tout début de l’an 273.

    Pour les historiens, deux thèses s’affrontent

    Première hypothèse : le navire aurait percuté un récif dans le golfe de Lava, puis pris feu avant de couler. Cette thèse du naufrage est parfaitement plausible car de nombreuses pièces d'or présentent, on l’a vu, des traces d’exposition au feu. Mais un fait me surprend : les plongeurs des services archéologiques n’ont retrouvé ni vestiges de bateau, ni poteries antiques sur le site. Ce qui aurait dû être le cas s’il y avait eu naufrage.

    Seconde hypothèse : elle est fondée sur une rumeur qui circule depuis bien longtemps dans le village de Villanova, qui surplombe le golfe de Lava. Sur les hauteurs existeraient les ruines de villas romaines. Au XIXe siècle, des ouvriers italiens qui travaillaient dans les vignes de la région auraient trouvé une ou plusieurs jarres contenant des pièces en or, dont ils auraient caché une partie dans une grotte située près de la mer. Suite à un éboulement de la falaise, le trésor serait alors tombé dans la mer. Malheureusement, dans l’eau, on n’a jamais trouvé de morceaux de poteries provenant d’éventuelles jarres.

    Savoir laquelle des deux hypothèses est la vraie est absolument fondamental pour les trois découvreurs : en effet, selon la loi française, si le trésor est d'origine terrestre, il appartient pour moitié aux trois plongeurs et pour moitié au propriétaire du terrain situé sur les hauteurs. S'il s'agit d'une épave maritime, il appartient à l'État français.

    1995 : condamnation des trois plongeurs

    Le 7 novembre 1986, le journal Nice Matin révèle l’affaire au grand public, en titrant : « Découvert par des pilleurs d’épave, l’or de Lava mis aux enchères à Monaco ». Une partie du trésor (18 pièces, présentées sous les numéros 32 à 49 avec l’intitulé « Trésor de monnaies romaines en or, un nouveau lot du trésor d’aurei trouvé en Méditerranée ») est, en effet, proposée aux enchères au Sporting d'Hiver de Monte-Carlo le 15 novembre, mais elle est saisie avant la vente par les Douanes, à la demande du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM).

    Se fondant sur le principe que tout trésor trouvé en mer est considéré comme épave maritime (alors qu’aucune trace d’épave n’a été trouvée !), l'État français confisque les 18 superbes pièces du trésor de Lava exposées dans le catalogue. Parmi elles, se trouve un rarissime médaillon de Gallien dont la valeur a été estimée à 150 000 euros ! Ce multiple en or de 8 aurei, frappé en 266, porte à l’avers la tête couronnée de l’empereur et, au revers, deux mains qui se serrent en signe d’union (ce que les Romains appelaient le dextrarum junctio) avec la légende « CONCORD. P.R. ET MILIT. » (L’entente du Peuple Romain et des soldats) entourée d’une couronne de lauriers.

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    Rarissime multiple en or de Gallien,  frappé en 266 et trouvé à Lava : au revers, deux mains avec la légende « CONCORD. P.R. ET MILIT. » (L’entente du Peuple Romain et des soldats) entourée d’une couronne de lauriers. Valeur estimée : 150 000 euros !

    Sur commission rogatoire du juge d’instruction au Tribunal de grande instance d’Ajaccio, la gendarmerie réagit immédiatement : elle procède à des inculpations pour détournement et recel d’épave maritime, ainsi qu’à des saisies. L’ensemble de cette action, réalisée aussi bien en Corse que sur le continent chez des particuliers et des experts numismates, aboutit à la saisie de 73 monnaies provenant du trésor. Le 18 novembre, le DRASSM envoie des plongeurs dans le golfe de Lava. En vain : aucune monnaie, aucune trace d’épave ne sont trouvés. Le site, localisé précisément par les gendarmes (coordonnées GPS : 41°58,2'N / 8°36,6'E), est alors interdit de plongée par arrêté préfectoral.

    Désireux d’identifier les individus qui ont mis toutes ces pièces d’or sur le marché numismatique, le procureur d'Ajaccio lance une vaste opération de police. De son côté, Interpol diffuse sans tarder un message aux polices du monde entier, dans lequel il est précisé que ces monnaies sont invendables car elles appartiennent à l’État français.

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    L'affiche d’Interpol, envoyée aux principales polices du monde entier, précise que les monnaies du trésor de Lava sont invendables car elles appartiennent à l’État français.

    Finalement, après neuf ans d'investigation et plus de 500 personnes interrogées, l’enquête est bouclée : la justice condamne alors, le 15 novembre 1995, lors du procès en appel, les frères Ange et Félix Biancamaria, ainsi que leur ami Marc Cotoni (qui mourra assassiné en 2004 à Ajaccio) à 18 mois de prison avec sursis et 100 000 francs d'amende (15 200 euros environ). Des sommes dérisoires par rapport à ce qu’ont touché, en espèces, les trois inventeurs du trésor !

    Les 73 aurei et multiples, saisis par la Gendarmerie à la fin de 1986, ont été déposés après jugement au Cabinet des Médailles, par la Sous-Direction de l'Archéologie au Ministère de la Culture : sur les 73 monnaies, la Bibliothèque nationale de France en conserve 40. Les 33 autres exemplaires ont été rétrocédés au musée de Sartène (Corse du Sud).

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    L’État français, après avoir exercé son droit de propriété sur l’épave maritime (mais aucune épave n’a été retrouvée !), a fait confisquer 73 monnaies qu’il a ensuite confiées au Cabinet des Médailles à Paris et au musée de Sartène (Corse du Sud).

    Réapparition d’un rarissime plat en or

    Malgré le jugement de novembre 1995 condamnant les trois plongeurs, les policiers poursuivent leurs investigations, comme le confie l’un d’eux, sous couvert d’anonymat : « En dépit des saisies de l'époque, une partie du trésor manquait néanmoins à l'appel. Nous recherchions notamment d'autres monnaies, mais aussi un rarissime plat en or qui était susceptible d'être écoulé sur des marchés clandestins ». Ce plat en or avait été trouvé sous l’eau en octobre 1986, mais son existence n’a été révélée qu’en juillet 1992, grâce à un croquis saisi chez un antiquaire d'Ajaccio.

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    À gauche : croquis du plat en or à l’effigie de l'empereur Gallien, saisi chez un antiquaire d'Ajaccio en juillet 1992. À cette date, le plat est toujours recherché : il ne sera retrouvé qu’en 2010. À droite : photo du plat, découvert tordu sur lui-même. Cette pièce unique d'orfèvrerie, de 25 cm de diamètre et de 3 mm d’épaisseur, pèse 918 g. Il comporte, en son centre, un rarissime médaillon de Gallien.

    Les recherches conjointes de la Douane judiciaire, de l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels et du Groupe d'intervention régional (GIR) d'Ajaccio vont finalement permettre de récupérer l’objet à la gare du Nord à Paris, le 21 octobre 2010, dans un bagage de Félix Biancamaria !

    Ce dernier revient sur l’affaire : « Un jour, sous un énorme rocher à 5 ou 6 mètres de profondeur, je vois une sorte d'assiette tordue sur elle-même, de la forme d’un ballon de rugby avec, au centre, un gros médaillon représentant la tête de l’empereur Gallien et, à l’arrière, un anneau mobile servant certainement à accrocher le plat à un mur. Peu de temps après, ce plat en or est vendu par un de mes amis. Pendant près de vingt-cinq ans, je n'en entends plus parler. Puis, un jour, j'ai été contacté par un autre ami, qui m'explique qu'il a récupéré le plat et me demande si je connais un acheteur potentiel. J’ai alors trouvé un acheteur en Belgique et j’ai sauté dans un TGV. Arrivé sur place, l'acheteur m'a dit qu'il n'était plus intéressé par cette pièce. Je pense qu'il avait dû se renseigner auprès d'experts qui l’ont alerté sur le caractère rarissime de l'objet. Au retour sur Paris, j'étais tranquillement installé à ma place lorsqu'une quinzaine de policiers ont débarqué dans mon compartiment au moment où le TGV entrait en gare du Nord. Ils m'ont fouillé, menotté et confisqué le plat en or. Puis, ils m'ont escorté au commissariat de Nanterre. Là, je suis resté en garde à vue 48 heures. C'est une expérience douloureuse à vivre. J'ai été concerné par sept chefs d'inculpation, dont vol d'objets appartenant à l'État et recel en bande organisée, puis soumis à un contrôle judiciaire quatre fois par mois ».

    Grâce à cette saisie policière, on en sait un peu plus sur ce plat en or : il fait 25 cm de diamètre, 3 mm d’épaisseur, pèse 918 g et possédait, d’après Félix Biancamaria, un grand médaillon de l'empereur Gallien incrusté en son centre que le plongeur s’était empressé de revendre ! Les spécialistes pensent que cet exceptionnel objet d’orfèvrerie a été fabriqué spécialement pour les festivités célébrant les « Décennales » (dix années de règne) de Gallien, qui se sont déroulées à l’automne 262.

    Sans être aussi richement travaillé que la patère en or massif, trouvée en 1774 à Rennes et datant du même IIIe siècle après J.-C. (elle se trouve au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale à Paris), le plat en or de Gallien est quand même une pièce rare, estimée à un ou deux millions d'euros !

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    La patère trouvée en 1774 à Rennes est un plat en or utilisé pour des cérémonies religieuses : on y voit Bacchus et Hercule en train de boire. Cette scène est entourée de 16 aurei d’empereurs. Poids : 1 375 g. Diamètre : 25 cm.

    Où se trouvent toutes les monnaies découvertes à Lava ?

    Aujourd’hui, la police est loin d’avoir récupéré tous les objets du trésor de Lava, car ils ont été vendus sous le manteau : seuls le plat en or et 73 monnaies, sur un total d’environ 600, d’après les confessions de Félix Biancamaria, ont pu être saisis par l’État.

    Sylviane Estiot, directrice de recherches au CNRS, a effectué en 2008 un important travail documentaire dans les archives : elle a finit par recenser 450 monnaies du trésor de Lava, parmi lesquelles 3 médaillons de Gallien avec le revers « CONCORD. P.R. ET MILIT. » (on n’en connaissait aucun exemplaire jusque-là) et 41 médaillons de Claude II (on n’en connaissait qu’un seul, conservé au musée de Vienne en Autriche). Elle estime que le trésor devait comporter, à l’origine, entre 1 200 et 1 400 monnaies d’or.

    Hormis ces 73 pièces récupérées, la quasi totalité des monnaies du trésor de Lava sont, d’après la rumeur, passées dans les mains de nombreux marchands professionnels, collectionneurs et même… de dentistes qui ont fondu des pièces pour en faire de l’or dentaire servant à réaliser des couronnes ! On dit aussi que certains membres du milieu corse, ayant servi d’intermédiaires pour la vente, auraient profité de cette occasion pour faire des surmoulages des médaillons et commercialiser ces faux comme étant de véritables originaux !

    Compte tenu de la vigilance d’Interpol, il est quasiment certain qu’aucune monnaie ne réapparaîtra sur le marché avant des dizaines d’années : leurs possesseurs se les feraient, en effet, confisquer !

    Par ailleurs, je suis persuadé qu’il reste d’autres pièces d’or sous l’eau. En effet, à la fin du XIXe siècle, on sait qu’un effondrement de la falaise a eu lieu en face du rocher de Pietra Piumbata… précisément là où ont été trouvées les monnaies et le plat ! C’est pourquoi je pense qu’il y a encore des objets précieux sous les éboulis. Il serait donc judicieux de faire enlever, par des plongeurs du DRASSM, les gros blocs de pierre qui tapissent le fond de la crique, à seulement quelques mètres de profondeur. On mettrait ainsi au jour le reste du trésor de Lava !

    Diffusion d’un reportage sur Arte

    Le 22 août 2015, la chaîne télévisée Arte a présenté un documentaire signé Karel Prokop, qui révèle trois informations inédites.

    D’une part, les recherches sous-marines du DRASSM, réalisées jusqu’à 50 mètres de profondeur, n’ont pas permis de détecter le moindre élément indiquant la présence d’une épave : clous, morceaux d’amphores, objets de la vie quotidienne…

    D’autre part, certains protagonistes de l’affaire (refusant de dévoiler leur identité devant la caméra) affirment qu’une statuette a été aussi découverte dans l’eau : elle serait en or, pèserait dans les 20 kg, ferait une trentaine de centimètres de hauteur et représenterait un jeune éphèbe tenant une huître dans sa main droite.

    Enfin, des recherches effectuées en Italie dans les archives de l’histoire de l’Empire romain auraient permis de donner un nom à l’éventuel propriétaire du trésor : il s ‘agirait d’un certain Julius Placidianus qui fut préfet du prétoire, puis consul en 273.

    De façon certaine, on peut donc conclure qu’à ce jour l’énigme du trésor de Lava n’est toujours pas résolue, mais que des rebondissements ne sont pas à exclure dans l’avenir !

     

    Un médaillon en or de Claude II vendu 15 000 euros !

    On a vu que plusieurs exemplaires d’un multiple en or de 8 aurei à l’effigie de Claude II le Gothique ont été trouvés dans les eaux du golfe de Lava. Une seule de ces monnaies a échappé à la saisie au profit de l’État : elle est, en effet, passée deux fois en vente publique. La première fois, le 9 juin 1986 lors de la vente sur offres Pesce-Poinsignon : la monnaie a alors été acquise pour 30 000 francs (4 600 euros environ). La seconde fois, le 18 juin 2004 lors de la vente sur offres n°21 de la Compagnie Générale de Bourse (CGB), au cours de laquelle la même monnaie a atteint le prix de 15 000 euros.

    Ce multiple a été frappé à Milan (Mediolanum) en 268 après J.-C. Son diamètre est de 35,5 mm et son poids de 39,2 g. Son état de conservation est très moyen (TB), à cause d’une usure marquée. D’autres multiples de Claude II, confiés au Cabinet des Médailles à Paris, dont la qualité est superbe, sont estimés à plus de 50 000 euros l’exemplaire !

    Sur l’avers figure le buste lauré et cuirassé à droite, l’égide (bouclier de Zeus) posée sur l’épaule. On lit : IMP. C. M. AVRL. CLAVDIVS. P. F. AVG. (Imperator Caesar Claudius Augustus, Empereur César Claude Auguste). Sur le revers apparaît la Concorde drapée, debout de face, regardant à droite et tenant une enseigne militaire dans chaque main. On lit : CONCORDIA EXERCITUS (L’entente de l’armée).

    Ce médaillon est considéré par les spécialistes comme une émission dite de donativum, c’est-à-dire qu'il a été offert en cadeau par l'empereur Claude II à de hauts dignitaires, civils ou militaires.

    Avant la découverte du trésor de Lava, le seul exemplaire connu de ce type était celui possédé par le musée de Vienne (Autriche), mais sa valeur est seulement de six aurei et non de huit.

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    Ce multiple en or de huit aurei, à l’effigie de Claude II le Gothique, a été confié au Cabinet des Médailles à Paris, après saisie au profit de l’État. Compte tenu de son état superbe, sa valeur est estimée à plus de 50 000 euros.

  • DÉCOUVERTE DE TRÉSORS

    Arles : de fabuleux trésors de l’époque romaine trouvés dans le Rhône

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    Par Jacques MANDORLA

    Auteur du livre « 60 trésors fabuleux à découvrir »

    Éditions Trajectoire - 272 pages - 356 illustrations en couleurs - 25 €

    Livre disponible sur www.amazon.fr, www.fnac.fr et en librairie.

     

    La ville d’Arles (Bouches-du-Rhône) est devenue colonie romaine en 46 avant Jésus-Christ, sur ordre de Jules César et en récompense de son soutien dans la guerre contre la cité voisine de Marseille. On vient, ces dernières années, d’y retrouver, dans les eaux troubles du Rhône, de nombreux trésors de cette époque.

    Iconographie : Musée départemental Arles antique © Maby J.-L et L.Roux

     

    IMPORTANT - Rappelons qu’aucune recherche trésoraire, avec ou sans détecteur de métaux, ne peut être effectuée sur l’ensemble des sites évoqués dans cet article, sans l’autorisation préalable des propriétaires des lieux.

    La ville d’Arles, dont le nom latin était « Arelate », comptait beaucoup pour les dirigeants de l’Empire romain, comme le confirme, en 380 après Jésus-Christ, le poète Ausone dans un ouvrage recensant les 17 plus importantes villes de cet Empire : « Ouvre, Arelate, douce hôtesse, ton double port, Arles, petite Rome gauloise. Tu es coupée par le cours impétueux du Rhône au milieu duquel un pont de bateaux forme une place où tu reçois les marchandises de tout le monde romain ».

    Cette notoriété de la cité est telle qu’au IVe siècle après J.-C., elle devient même une des résidences de l’empereur Constantin Ier, recevant en 328 le surnom temporaire de Constantina qu'elle conservera jusqu'en 340. Constantin n’hésite pas alors à y transférer l'atelier de frappe de monnaies d'Ostie qui fonctionnera durant le IVe siècle et le début du Ve. La population de l’époque atteignait 80 000 habitants, ce qui en faisait alors la cité la plus peuplée de Gaule ! Pas étonnant donc si elle possède, à l’époque, d’importants chantiers navals et si elle exporte huile, vin et céréales vers Rome et l'Orient. La domination romaine cesse brutalement en 473 lorsque la ville est prise par des hordes de Wisigoths emmenées par le roi Euric.

    De nos jours, Arles a conservé de nombreux vestiges de la présence romaine, en particulier les arènes, les thermes de Constantin et la nécropole des Alyscamps. C’est donc en toute logique qu’en 1981 les monuments romains de la cité ont été classés par l’UNESCO au Patrimoine mondial de l’Humanité.

     

    Premières découvertes archéologiques au fond de l’eau

    Les principales richesses, accumulées lors de cette opulente période de colonisation romaine, ont sombré dans l’oubli pendant plus de dix siècles. La première trouvaille est faite, en effet, par hasard en 1514 dans le Rhône : une superbe statue de Jupiter, le père des dieux pour les Romains, est découverte dans une faible profondeur d’eau.

    Puis, en 1639, lors d’une canicule exceptionnelle qui assèche fortement le fleuve, le niveau de l’eau baisse tant qu’un remarquable sarcophage de marbre apparaît à l’œil nu à tous ceux qui se promènent sur les berges ! Il est décoré des deux entités mythologiques grecques Leda et le Cygne : c’est pour séduire Léda, la mère de Castor et Pollux, que le dieu Zeus (Jupiter pour les Romains) prit la forme d'un cygne.

    Deux siècles plus tard, en 1845, au cours d’une nouvelle période spectaculaire de basses eaux, un archéologue du nom de Jacquemin fait un témoignage intéressant : « J’ai aperçu, à peu de profondeur, des centaines d’amphores rangées sur plusieurs lignes, debout sur leurs bases pointues et enfoncées jusqu’à la moitié de la hauteur de leur goulot ».

    Les trouvailles continuent, souvent faites par hasard, jusqu’au début du XXe siècle. Ainsi, en 1907, est repêchée une ravissante main de marbre : elle est aussitôt offerte au poète Frédéric Mistral, l’une des personnalités les plus célèbres de la Provence.

    Toutes ces découvertes fortuites démontrent que les eaux du Rhône semblent contenir de formidables richesses archéologiques.

     

    Des trésors mis au jour et des pilleurs interpellés !

    Les véritables recherches sous-marines dans le fleuve sont entreprises à partir de 1985 et se situent essentiellement face au centre historique de la ville d’Arles. Elles sont placées sous la direction du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (DRASSM), organisme créé en 1966 par André Malraux, alors secrétaire d’État aux Affaires culturelles. Ce service, basé à Marseille, est chargé de gérer, mettre en valeur, protéger et étudier l’ensemble des biens culturels du domaine public maritime français.

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    Les rectangles blancs (à gauche) posés sur l’eau délimitent les principales zones de fouilles, situées face au centre historique d’Arles et réalisées par le DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines).

    Depuis 2007, les fouilles sont entreprises, de façon systématique, chaque été car les eaux du Rhône sont au plus bas. Dans la vase, à une profondeur moyenne de 10 mètres, les plongeurs découvrent alors une multitude d’objets, entassés les uns sur les autres, provenant de périodes historiques sans rapport entre elles : quilles de navires en bois, bases de piliers et de statues, fûts de colonnes, pierres de construction, gravats modernes, galets de lests de navires du XVIIIe siècle, pièces de monnaies romaines en bronze, argent et or…

    Mais ce ballet, orchestré par les archéologues et les plongeurs, ne passe pas inaperçu. Très vite, Luc Long, Conservateur en chef du patrimoine au DRASSM, se rend compte que des individus observent les plongeurs, de loin aux jumelles, dont il aperçoit l’éclat lumineux du soleil sur les verres ! Il est persuadé que ces personnes cherchent à localiser précisément les endroits où sont faites les trouvailles, afin d’y venir de nuit, en dehors des périodes de fouilles, pour voler des richesses archéologiques ! Afin d’éviter tout risque de vol, Luc Long fait remonter discrètement les objets la nuit, puis les fait transporter immédiatement dans un bunker de verre à l’intérieur du musée d’Arles ! En novembre 2007, les Douanes judiciaires passent à l’action et arrêtent ces « observateurs » : une perquisition à leur domicile permettra de récupérer des objets remontés illégalement du site de fouilles archéologiques !

     

    Des conditions de plongée véritablement dantesques

    Faire des fouilles dans les eaux du Rhône relève de l’exploit pour les archéologues. En effet, les conditions techniques sous l’eau sont particulièrement difficiles. De très forts courants agitent l’eau en permanence, ce qui oblige les plongeurs à se lester lourdement de plomb, afin de pouvoir rester littéralement collés au fond du fleuve ! L’eau est trouble en permanence, ce qui se traduit par une faible visibilité, de l’ordre de quelques mètres en moyenne : certains jours, elle ne dépasse même pas le mètre !

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    Arles : découverte de blocs de marbre dans une eau à visibilité réduite.

    Cette visibilité réduite est, en partie, due au fait que l’eau véhiculée par le Rhône est polluée par de nombreux déversements sauvages, effectués en amont d’Arles : rejets d’usines, épaves de voitures au fond,… On a même relevé, par des mesures scientifiques, l’existence d’uranium enrichi provenant de centrales nucléaires implantées sur les bords du Rhône !

    Mais ce n’est pas tout : les plongeurs doivent être particulièrement vigilants lors de leurs remontées en surface, afin d’éviter d’être percutés par les nombreuses péniches qui circulent sur l’eau !

    Enfin, il convient de signaler que toutes les plongées s’effectuent en présence d’énormes poissons, appelés silures. Originaires d'Europe centrale où ils ont colonisé le Danube, ces poissons se rencontrent désormais fréquemment en France : on les pêche assez souvent dans le Rhône et la Saône. Comparés aux poissons-chats, auxquels ils ressemblent un peu sans être de la même famille, les silures peuvent atteindre 2,50 mètres de long et peser une bonne centaine de kilos ! Les plongeurs témoignent être souvent importunés par ces gigantesques poissons, dont le plaisir suprême consiste à mordre et même à arracher leurs palmes !

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    Arles : le silure, qui ressemble à un poisson-chat, infeste les eaux du Rhône où il dérange les plongeurs-archéologues en plein travail.

     

    Des trouvailles fantastiques dans la vase du Rhône !

    Presque tous les objets remontés par les plongeurs sont d’une qualité remarquable et la plupart se trouvent dans un état de conservation étonnant. L’explication est simple : l’eau des fleuves est douce, contrairement à celle de la mer qui contient du sel (chlorure de sodium) corrodant les objets sous l’eau. Ainsi, on peut apprécier ce résultat sur certaines amphores sur lesquelles les inscriptions sont d’une lisibilité étonnante, permettant d’identifier l’origine géographique et le nom des producteurs des contenus (boissons, céréales,…) de l’époque romaine.

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    Arles : l’eau douce du Rhône a permis de conserver les inscriptions des amphores, lisibles comme au premier jour.

    Parmi les milliers d’éléments remontés à la surface par les plongeurs, un certain nombre ont une valeur archéologique extraordinaire. C’est le cas de la statue en bronze, haute d’environ 70 cm, représentant probablement un prisonnier barbare, les mains liées dans le dos, un genou à terre en signe d’asservissement. Entièrement restaurée, la statue de ce captif est d’une qualité artistique remarquable.

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    Arles : exceptionnel bronze représentant un prisonnier barbare, les mains liées dans le dos et un genou posé à terre en signe d’asservissement.

    Autre objet étonnant : une amphore en bronze (ce qui est rare car elles sont, en général, en argile) de 44 cm de hauteur, découverte dans les restes d’une épave. Cet objet se caractérise surtout par ses anses en forme de « chien de mer », une sorte de monstre marin mythologique dont on distingue parfaitement la tête et les deux pattes avant, terminées d’épaisses griffes.

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    Arles : rarissime amphore en bronze dont les anses sont en forme de « chien de mer », une sorte de monstre marin mythologique.

    Parmi les nombreux bijoux, trouvés au fond de l’eau, figure une superbe bague en or, comportant quatre anneaux identiques, montés en parallèle, et datant probablement du Ier siècle après Jésus-Christ.

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    Arles : superbe bague en or datant probablement du 1er siècle après Jésus-Christ.

    Une exceptionnelle statue en bronze de la déesse ailée Victoire (Nikê pour les Grecs), de 70 cm de hauteur, a aussi été remontée à la surface du Rhône. Fait étonnant : lorsqu’elle a été découverte à 17 m du bord, elle portait encore des traces de dorure. Depuis, elle a été entièrement restaurée, afin de retrouver son état initial. On aperçoit des éléments de fixation sur son dos, ce qui confirme que cette statue devait décorer le mur d’un édifice public.

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    Arles : statue en bronze de la déesse ailée Victoire qui devait décorer le mur d’un édifice public.

    Mais, de toutes les trouvailles effectuées sur le site, les deux plus spectaculaires sont indubitablement une statue de Neptune et un buste de César.

     

    Une imposante statue de Neptune trouvée en quatre morceaux

    Neptune, le Dieu des fleuves, des mers et des océans dans la mythologie grecque, se devait d’être présent parmi les découvertes faites dans le Rhône.

    Un jour, un plongeur remonte une magnifique tête en marbre avec une chevelure et une barbe abondantes. Quelques jours plus tard, non loin du lieu où a été trouvée cette tête, les plongeurs découvrent un torse d’un mètre de haut. Et à une vingtaine de mètres du torse, une partie de la jambe droite comprenant le genou et la cuisse. Enfin, un peu plus tard, un quatrième élément, constitué d’une imposante base avec deux pieds, est trouvé dans la vase. Sur ce socle, on lit une inscription latine très intéressante car elle permet de dater précisément l’œuvre : NUMINIBUS AUGGG NNN HONORI CORPORIS RENUNCLARIORUM P. PETRONIUS ASCLEPIADES DONUM DECIT. Ce qui peut se traduire par : « À la majesté sacrée de nos trois Auguste et à l’honorable corporation des Renunclarii. Publius Petronius Asclepiades a fait ce don ».

    Cette traduction permet d’indiquer que la statue a été placée dans la ville d’Arles dans le courant de l’année 210 après Jésus-Christ, période où trois empereurs dirigèrent ensemble l’Empire romain : Septime Sévère et ses deux fils, Caracalla et Geta.

    Lorsque les archéologues se mettent à assembler, à l’air libre, les quatre éléments en marbre, c’est la stupéfaction : tous s’emboîtent parfaitement les uns dans les autres ! Cela prouve qu’ils appartiennent, en réalité, à une seule et même statue, malgré des variantes dans leurs colorations, dues probablement au long séjour passé dans des fonds différents. L’ensemble reconstitué fait près de 1,80 m de hauteur. Fin 2013 : manquent encore les deux bras et une partie de la jambe gauche que les plongeurs espèrent retrouver lors des prochaines campagnes de fouilles. Et, heureuse découverte, lors des fouilles menées en 2016, le mollet gauche a été remonté à la surface !

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    Arles : les quatre éléments en marbre, trouvés séparément sous l’eau, s’emboîtent parfaitement les uns dans les autres.

     

    Un rarissime buste de Jules César, grandeur nature !

    C’est, sans aucun doute, la découverte archéologique la plus importante qui ait été faite en France ces cinquante dernières années. Jusqu’ici, les archéologues n’avaient trouvé que des amphores, témoignage de l’activité portuaire de la ville antique d’Arles, mais jamais d’épave. Un jour, enfin, par 10 mètres de fond, ils localisent une embarcation en bois de 30 m de long et datant de 50 avant Jésus-Christ.

    En fouillant l’intérieur de l’épave, le plongeur Pierre Giustiniani aperçoit un visage en marbre. Luc Long, le responsable des fouilles, saute à l’eau et rejoint le plongeur au fond : hélas, à cause de la faible visibilité, ils ne reconnaissent pas l’illustre faciès. Ce n’est qu’une fois ramené en surface que le visage du personnage s’impose à tous : il s’agit de Jules César, fondateur de la cité romaine d’Arles en 46 avant J.-C. ! Les dimensions du buste sont imposantes : 40 cm de haut sur 22 de large.

    Cette découverte est exceptionnelle : jusqu’ici, en effet, il n’existait de par le monde que deux représentations de Jules César. La première a été sculptée au moment de sa mort. La seconde l’a été, bien après sa disparition, lorsqu’il fut divinisé. Ce troisième exemplaire révèle un César plus vrai que nature : il s’agit, sans doute, du premier portrait de Jules César qui, suprême rareté, a vraisemblablement été réalisé du vivant de l'empereur !

    Les archéologues espèrent maintenant mettre la main sur le reste de la statue et surtout sur son socle, ce qui permettrait de pouvoir y lire sa dédicace officielle et de lever définitivement le mystère sur ce buste extraordinaire, exposé aujourd’hui au Musée départemental Arles antique. À la fin de la campagne de l’été 2013, ce socle n’a toujours pas été retrouvé.

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    Arles : l’exceptionnel buste en marbre de Jules César, trouvé dans le Rhône, est vraisemblablement le premier portrait réalisé du vivant de l'empereur !

     

    Les dernières trouvailles

    Durant les fouilles de l’été 2013, l’équipe de Luc Long a remonté un coffre de 30 cm de large, 40 de long, 20 de haut pour un poids d’environ 40 kg. L’objet possède un châssis de bois, doublé de plaques de bronze. Ce coffre a été radiographié, mais seul le mécanisme de la serrure apparaît clairement. Selon une des hypothèses des archéologues, il pourrait s’agir d’un coffre funéraire.

    Au cours de cette campagne, un visage de Bacchus (le dieu romain du vin, de l’ivresse et des débordements, notamment sexuels, équivalent de Dionysos pour les Grecs) d’une quinzaine de centimètres de hauteur, a été découvert. Coiffés d’une couronne foliée, attachée avec une bandelette autour du front, les cheveux longs et ondulés du personnage sont ramenés en chignon tressé sur la couronne de lierre.

    De nombreuses monnaies (sesterces, dupondius, as et deniers) de l'époque des Antonins et des Sévères, c’est-à-dire des IIe et IIIe siècles après J.-C., ont été aussi remontées à la surface.

    Et les fouilles reprendront en été 2014 !

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    Arles : petite tête de Bacchus en marbre, trouvée lors des fouilles de l’été 2013. © Kim Boscolo

     

    De rarissimes monnaies de Jules César

    Les monnaies, émises lors du règne de Jules César, sont très recherchées des numismates, en raison principalement de la très forte notoriété de cet empereur.

    En voici trois qui présentent, chacune des caractéristiques remarquables.

    Un aureus très rare

    Frappé à Rome en 45 avant J.C., c’est-à-dire l’année précédant la mort de l’empereur, cet aureus pèse 9,1 grammes. À l’avers apparaît le buste drapé et ailé de la Victoire, à droite. On lit C CAES DIC TER, Jules César dictateur pour la 3e fois. Au revers, la légende L PLANC PR VRB, Lucius Plancus, préfet de Rome, entoure un vase avec poignée, servant à des sacrifices. Cote : 7 000 euros.

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    Le premier portrait de César sur un denier

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    Ce denier d’argent est très intéressant : pour la première fois, dans l’Empire romain, une pièce de monnaie présente, en effet, le portrait d’un empereur vivant. Cette autorisation, qui avait été exceptionnellement concédée à César par le Sénat, est considérée comme une véritable révolution numismatique dont useront et abuseront ses successeurs.

    Ce denier, pesant 3,56 g pour un diamètre de 19,3 mm, a été frappé à Rome en janvier 44 avant J.C., soit deux mois avant l’assassinat de César par Brutus. À l’avers apparaît la tête laurée de César à droite, avec à l’arrière un lituus (bâton utilisé par les prêtres-devins et se terminant par une crosse courbe comme celle des évêques, qu’il a inspirée). On lit CAESAR IMP, César empereur. Au revers, Vénus debout à gauche, tenant une Victoire de la main droite et une lance de la main gauche. Un bouclier est posé à ses pieds. On lit M-METTIVS, signifiant Marcus Mettius, responsable de la frappe de cette monnaie. Cote : 3 000 euros.

     

    Le denier qui condamne César à mort

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    Ce denier est assez proche du précédent : il a été frappé un mois plus tard (en février 44 avant J.C.) et possède à peu près les mêmes caractéristiques avec un poids de 3,66 g et un diamètre de 19,2 mm.

    Les différences sont cependant capitales : à l’avers, la tête de César à droite est laurée et voilée, lui donnant l’aspect d’un profil de femme. Mais surtout la légende choisie par César, CAESAR DICT PERPETVO, César dictateur à vie, sera perçue comme une provocation et poussera ses adversaires à l’assassiner le 15 mars. C’est pourquoi, ce denier a été surnommé « La monnaie qui tua César » ! Au revers, P SEPVLLIVS MACER indique que Sepullius Macer était responsable de la frappe de cette monnaie. Cote : 3 500 euros.

  • DÉCOUVERTE DE TRÉSORS

    La mystérieuse pierre de Rosette,

    clé du déchiffrement des hiéroglyphes

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    Par Jacques MANDORLA

    Auteur du livre « 60 trésors fabuleux à découvrir »

    Éditions Trajectoire - 272 pages - 356 illustrations en couleurs - 25 €

    Livre disponible sur www.amazon.fr, www.fnac.fr et en librairie.

    19 juillet 1799 : un officier de Bonaparte découvre, près du village de Rachid dans le delta du Nil, une pierre en granit comportant trois écritures différentes dont deux sont totalement inconnues. Personne ne se doute alors que, 23 ans plus tard, un jeune Français du nom de Champollion parviendra, en travaillant sur ce trésor archéologique, à déchiffrer les énigmatiques hiéroglyphes égyptiens !

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    La pierre de Rosette a été trouvée par hasard, le 19 juillet 1799, dans le fort Julien situé dans le delta du Nil. Elle est de dimensions imposantes : 112 cm de hauteur sur 76 cm de large et 28 cm d'épaisseur, pour un poids de plus de 760 kg ! Elle est aujourd’hui exposée au British Museum à Londres.

    Le village de Rachid, nommé Rosette en Français, est situé à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alexandrie. Entre ces deux villes se trouve le port d’Aboukir où, en août de l’année précédente, la flotte du général (il ne sera sacré empereur qu’en 1804) Napoléon Bonaparte a été taillée en pièces par les navires anglais commandés par l’amiral Nelson.

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    Sur ce tableau de Maurice Orange (1867-1916), intitulé « Napoléon Bonaparte aux pyramides », des savants de la « Commission des Sciences et des Arts » présentent au général les premières découvertes faites par les archéologues français (Musée du Vieux Granville).

    Cette campagne militaire d’Égypte, menée de 1798 à 1801, se double d’une remarquable expédition scientifique nommée «  Commission des Sciences et des Arts » : 167 savants de toutes disciplines (historiens, ingénieurs, botanistes, dessinateurs…) accompagnent l'armée afin de réaliser un relevé des principaux trésors archéologiques des anciens pharaons.

    Ils consigneront toutes leurs informations dans un imposant ouvrage, intitulé : « Description de l'Égypte, ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'Armée française ». Cette œuvre monumentale comporte 10 volumes de textes et 13 volumes de planches : il faudra trois parutions en 1809, 1814 et 1829 pour obtenir la version définitive de ce qu’on appelle « La description de l’Égypte » !

    Il est précisé, sur la couverture de chacun des tomes : « Publié par les ordres de sa majesté l’empereur Napoléon le Grand » !

    Cette véritable encyclopédie de l’Égypte antique n’a qu’un seul défaut, hélas majeur : elle a été écrite alors que Champollion n’a pas encore déchiffré les hiéroglyphes, ce qui adviendra en 1822. La troisième parution, pourtant publiée en 1829, aurait dû bénéficier des résultats obtenus par le chercheur, ce qui ne fut pas le cas.

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    Sous l’œil attentif de Napoléon debout sous la tente, des dessinateurs reproduisent fidèlement sur papier les trésors qui seront publiés dans l’ouvrage collectif « Description de l’Égypte » (tableau de Léon Cogniet - 1835 - Musée du Louvre).

    Dans le village de Rosette réside une garnison française. Sa mission : consolider une forteresse en mauvais état, appelée Fort Julien et située sur la rive gauche du Nil. Il s’agit, en effet, d’être prêt à repousser une éventuelle attaque des Ottomans, alliés des Anglais. Les travaux sont dirigés par le lieutenant Pierre Bouchard, un jeune polytechnicien de 28 ans. Un jour, dans un coin du fort, ses hommes tombent sur un gros bloc de granit sombre de dimensions imposantes : 112 cm de hauteur sur 76 cm de large et 28 cm d'épaisseur. Les soldats ont beaucoup de mal à relever la pierre car elle pèse un peu plus de 760 kg !

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    Le village de Rachid, nommé Rosette en langue française, est situé dans le delta du Nil, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alexandrie.

    Trois textes, dont deux totalement mystérieux

    Cette pierre n’aurait sans doute jamais intrigué Bouchard si celui-ci n’avait constaté qu’elle portait, sur l’une de ses faces, un ensemble de signes mystérieux. En observant les inscriptions de plus près, il s’aperçoit qu’il y a, en réalité, trois textes totalement distincts.

    Ceux de la bande du haut s’étalent sur 14 lignes rédigées en hiéroglyphes, l’écriture sacrée des pharaons égyptiens, apparue vers 3 200 avant J.-C. et que plus personne ne comprend depuis au moins 15 siècles. Malheureusement la partie supérieure de la pierre est nettement cassée aux deux angles.

    Les textes de la bande du milieu occupent 32 lignes, mais dans une écriture que les savants de l’expédition ne parviennent pas à identifier non plus : certains parlent d’une écriture syriaque (langue des anciennes Syrie et Palestine), d’autres d’une écriture copte (langue des premiers chrétiens d’Égypte, apparue au IIIe siècle après J.-C.)… Finalement, on découvrira plus tard qu’il s’agit d’une écriture nommée démotique, qui est une simplification de l’écriture hiératique, elle-même simplification des hiéroglyphes.

    Enfin, les textes de la bande du bas sont clairs : il s’agit de grec ancien. Pourtant, les premiers érudits sur place ne sont pas d’accord sur le nom du pharaon qui a fait graver cette stèle : Ptolémée IV Philopator ? Ptolémée V Epiphane ? Ptolémée VI Philometor ?

    Par comparaison avec des stèles du même type, on peut estimer qu’il manque une quinzaine de lignes de hiéroglyphes dans la partie supérieure. De plus, les spécialistes estiment que le haut de la stèle devait certainement représenter le pharaon accompagné de dieux, eux-mêmes surmontés d'un disque ailé.

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    Reconstitution de la pierre de Rosette, telle qu’elle devait probablement se présenter à l’origine : le haut de la stèle était certainement décoré du pharaon, accompagné de dieux, eux-mêmes surmontés d'un disque ailé.

    Objectif prioritaire : reproduire fidèlement les trois textes

    La pierre est transportée par Bouchard jusqu’au port du Caire où la plupart des savants français, présents dans le delta du Nil, se précipitent pour l’admirer et l’étudier ! Le 15 septembre 1799, le Courrier d'Égypte révèle que « cette pierre offre un grand intérêt pour l'étude des caractères hiéroglyphiques. Peut-être en donnera-t-elle la clé ! ».

    On pense alors demander aux dessinateurs de l’expédition de reproduire fidèlement tous les signes figurant sur la stèle, mais on se rend très vite compte que ce travail va demander beaucoup de temps et que le risque de faire des erreurs de recopiage est grand : les membres de la Commission des Sciences et des Arts choisissent donc plutôt la solution de faire des reproductions et décident d’utiliser trois procédés différents.

    Premier procédé, baptisé « autographie » et mis au point par Jean-Joseph Marcel, le directeur de l’Imprimerie du Caire : la pierre est soigneusement lavée, puis essuyée tout en laissant de l’eau dans les creux des signes. On recouvre la surface avec de l’encre et on applique ensuite une feuille de papier. Cette impression donne le texte en blanc sur fond noir et à l'envers sur le papier : il suffit donc de lire la feuille par transparence ou en reflet dans un miroir.

    Deuxième procédé, nommé « chalcographie » : il est élaboré par le chimiste Nicolas Conté, génial inventeur en 1795 du crayon à papier avec mine graphite-argile. Conté traite l'inscription comme une sorte de cuivre gravé, les creux retenant l'encre : le texte imprimé apparaît alors en noir sur fond blanc, toujours à l'envers.

    Enfin, le troisième procédé, réalisé par l’ingénieur Adrien Raffeneau-Delille, consiste à effectuer un moulage à base de soufre. C’est cette copie qui sera publiée dans l’ouvrage collectif des savants, intitulé « Description de l’Égypte ». Cette œuvre monumentale sera éditée à partir de 1809, sur plusieurs années et en différents formats dont le plus grand fait 113 cm sur 81 ! Elle comportera 9 volumes de texte, 10 de planches et un atlas cartographique.

    Les inscriptions de la pierre de Rosette sont désormais triplement sauvegardées : il reste maintenant à les déchiffrer, ce qui est une autre histoire !

    La pierre de Rosette est transportée à Londres

    En janvier 1800, les Français sont battus par les Anglais et les Ottomans : ils sont alors contraints de signer un traité de paix. Les termes de ce traité imposent à la France d’évacuer l’Égypte : les savants peuvent seulement conserver leurs notes et échantillons, mais doivent obligatoirement remettre à la Couronne britannique les objets archéologiques les plus importants, parmi lesquels deux obélisques, des sarcophages, le poing d’une statue colossale de Ramsès II trouvé à Memphis et surtout la pierre de Rosette.

    Tous ces trésors sont ensuite transférés, à la fin de l'année 1802, au British Museum. Pour bien montrer que la pierre de Rosette leur appartient, les Anglais inscrivent à la peinture blanche sur un côté de la stèle : « Captured in Egypt by the British Army in 1801 » (Prise en Égypte par l’armée britannique en 1801) et sur l’autre côté : « Presented by King George III » (Don du Roi George III).

    Les premiers essais de déchiffrement

    Le texte en grec ancien est assez vite traduit : on apprend que la stèle est érigée après le couronnement du pharaon Ptolémée V Épiphane et qu’elle contient un décret émis par un congrès de prêtres rassemblés à Memphis, en 196 avant J.-C. Ce décret annonce que le pharaon a fait don d'argent et de grains aux temples égyptiens et que, lors de la huitième année de son règne, il a endigué une importante crue du Nil afin d'aider les agriculteurs. En remerciement, les prêtres s'engagent à célébrer chaque année l'anniversaire du roi et celui de son couronnement et à vénérer Ptolémée comme un dieu.

    Enfin, une copie de ce décret devra être placée dans chaque temple, écrite dans trois langues : la langue des dieux (hiéroglyphes), la langue des documents (démotique) et la langue des Grecs.

    Pour déchiffrer les hiéroglyphes, certains pensent que le meilleur moyen est de s’attaquer d’abord à l’écriture démotique, située au milieu de la stèle… mais que personne ne comprend ! Elle semble, en effet, plus facile à décoder que les hiéroglyphes.

    C’est ce que tente de faire Silvestre de Sacy, brillant professeur français maîtrisant de nombreuses langues orientales : sans succès. L’un de ses élèves, le Suédois Johan-David Akerblad commet l'erreur de croire que l'écriture démotique est alphabétique : l’alphabet qu’il propose n’apporte donc aucune avancée. Le premier à faire progresser le sujet est l’anglais Thomas Young : ce médecin de formation possède une culture phénoménale puisqu’il excelle en physique, botanique, chimie, optique, minéralogie et qu’il connaît plusieurs langues anciennes ! Mais ne voulant pas se compromettre aux yeux de ses confrères médecins, il fait paraître en 1814 un essai sur le déchiffrement du démotique de la pierre de Rosette sous le pseudonyme de… « ABCD » et dans lequel, hélas, figurent d’énormes erreurs à côté de belles trouvailles.

    Il faudra attendre les travaux de Jean-François Champollion, dit Champollion le Jeune, qui n’avait que 9 ans lorsque les savants français sont allés en Égypte avec Bonaparte, pour que les hiéroglyphes soient finalement déchiffrés.

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    À partir de l’âge de 9 ans, Champollion étudie de très nombreuses langues anciennes : il ne sait pas encore que cette boulimie lui permettra, bien plus tard, de réussir à déchiffrer les hiéroglyphes (tableau de Léon Cogniet – 1831 - Musée du Louvre).

    Champollion parvient à déchiffrer enfin les hiéroglyphes

    Champollion part, à l’âge de 11 ans, rejoindre son grand frère Jacques-Joseph à Grenoble. Ce dernier lui trouve un précepteur, l'abbé Dussert, qui lui enseigne le latin, le grec, l'hébreu, l'arabe, le syriaque et le chaldéen ! C’est à cette époque que naît la passion de Champollion pour les hiéroglyphes égyptiens.

    À la rentrée 1807, il a 17 ans : il monte à Paris pour suivre les cours de langues orientales au Collège de France et, plus particulièrement, ceux de persan, copte et amharique (langue parlée dans l’Éthiopie antique) ! Il ne sait pas encore que cette boulimie qui le pousse à étudier d’aussi nombreuses langues anciennes lui permettra de déchiffrer, plus tard, le secret des hiéroglyphes.

    Un jour, il émet l'idée que ces signes peuvent être à la fois des idéogrammes (exprimant une idée) et des phonogrammes (exprimant un son, comme pour la transcription de noms étrangers).

    Les années passent… jusqu’en 1821, où il parvient à déchiffrer deux cartouches royaux, dans lesquels il a l’intuition que figurent des noms de personnages importants : celui de Ptolémée identifié sur une reproduction de la pierre de Rosette, puis celui de Cléopâtre repéré sur une lithographie d’un petit obélisque érigé sur l’île de Philae.

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    En 1821, Champollion déchiffre deux cartouches royaux : celui de Ptolémée sur la pierre de Rosette, puis celui de Cléopâtre sur un petit obélisque. Il vient de trouver la clé d’interprétation des hiéroglyphes.

    Un an plus tard, le 14 septembre 1822, Jean-François Champollion se précipite chez son frère Jacques-Joseph pour lui annoncer qu’il est parvenu à déchiffrer entièrement l’écriture des hiéroglyphes. À peine entré dans son bureau, il s’écrie « Je tiens l'affaire ! » puis, submergé par l’émotion, il s’évanouit !

    Le 27 septembre, c’est la consécration : Champollion fait une communication à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, publiée sous le titre « Lettre à Monsieur Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques employés par les Égyptiens pour inscrire sur leurs monuments, les titres, les noms et les surnoms des souverains grecs et romains ». Ce « Monsieur Dacier », de son prénom Bon-Joseph, est le plus célèbre des savants de l’époque, cumulant les fonctions de conservateur des manuscrits de la Bibliothèque nationale, de membre de l’Académie française et de sociétaire de l’Académie des sciences morales et politiques.

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    À gauche : couverture de la « Lettre à monsieur Dacier ». À droite : l’une des 8 pages manuscrites de cette note, présentée par Champollion le 27 septembre 1822 à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres.

    Ce jour-là, Champollion présente un résumé de huit pages de ses recherches devant un parterre de spécialistes, dont l’Anglais Thomas Young lequel, faisant preuve d’un fair-play véritablement britannique, admet : « Je ne ressens que de la joie devant le succès de monsieur Champollion, qui est beaucoup plus que moi versé dans les différents dialectes de la langue égyptienne ».

    La version intégrale et définitive du document est publiée fin octobre chez Firmin-Didot dans une plaquette de 44 pages contenant 4 planches. Champollion y définit les hiéroglyphes comme « un système complexe, d'une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique dans un même texte, une même phrase, jusque dans le même mot ».

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    Couverture du document final de Champollion, publié fin octobre 1822 chez Firmin-Didot, sous forme d’une plaquette de 44 pages contenant 4 planches.

    En 1826, Champollion est nommé conservateur chargé des collections égyptiennes au musée du Louvre. C’est aussi lui qui convainc le roi Charles X d'acheter l'obélisque de Louxor, qui sera dressé dix ans plus tard à Paris, place de la Concorde.

    Puis, entre 1828 et 1830, Champollion réalise enfin son rêve : il part en Égypte pour une mission scientifique franco-toscane de 16 mois. Il a enfin l’opportunité de voir, sur place, des milliers d’exemples de hiéroglyphes gravés ou peints sur des temples, statues, sarcophages, papyrus… lui qui n’a travaillé jusqu’à présent qu’à partir de reproductions sur papier ! Il peut alors vérifier, sur le terrain, que sa méthode de déchiffrement fonctionne parfaitement.

    À son retour en France en mars 1830, c’est la consécration : il est élu à l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres et obtient la chaire d'Antiquité égyptienne au Collège de France. Il meurt à Paris le 4 mars 1832, à seulement 41 ans, et est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Il restera à jamais, dans l’histoire de l’Humanité, comme le génial déchiffreur des hiéroglyphes !

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    Le peintre italien Giuseppe Angelelli a immortalisé l’expédition franco-toscane (1828-1830) sur les ruines de Thèbes. Champollion est le personnage barbu, assis au centre (Musée de Turin - 1836).

  • ARTEFACTS MYSTÉRIEUX (2)

    Enquête sur 7 énigmatiques artefacts de l’Antiquité (2e partie)

    Par Jacques Mandorla

    Auteur de "60 trésors fabuleux à découvrir"

    (Éditons Trajectoire)

    272 pages - 356 illustrations en couleurs - 25 €

    Disponible sur www.amazon.fr, www.fnac.fr et en librairie

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    Après avoir étudié, dans la première partie, 4 objets de l’Antiquité posant des énigmes quasiment insolubles aux archéologues et aux historiens (le disque en argile de Phaistos, le disque céleste de Nebra, la pile électrique de Bagdad et l’horloge astronomique d’Anticythère), en voici 3 autres : les étranges dodécaèdres en bronze, les sphères géantes du Costa Rica et le disque astrologique de Chevroches.

    Rappelons qu’aucune recherche trésoraire, avec ou sans détecteur de métaux, ne peut être effectuée sur l’ensemble des sites évoqués dans cet article, sans l’autorisation préalable des propriétaires des lieux.

    100 à 300 après J.-C. : les énigmatiques dodécaèdres en bronze

    Depuis plus de deux siècles, les archéologues trouvent, de façon isolée, d’étranges objets en bronze ayant la forme d’un dodécaèdre, c’est-à-dire d’un solide composé de 12 faces (en grec, le préfixe dodeka signifie 12). La tradition dit que c’est le mathématicien grec Hippase de Métaponte, un disciple de Pythagore, qui aurait construit le premier dodécaèdre vers 500 av. J.-C.

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    Un dodécaèdre régulier est un solide composé de 12 faces, 20 sommets et 30 arêtes (exemplaire en bronze trouvé en 1906 à Saint-Parize-le-Châtel, près de Nevers - Musée archéologique de Lyon).

    Le dodécaèdre (12 faces, chacune ayant le format d’un pentagone c’est-à-dire avec 5 côtés, 20 sommets et 30 arêtes) fait partie des 5 solides dits « de Platon » avec le tétraèdre (4 faces), le cube (6 faces), l’octaèdre (8 faces) et l’icosaèdre (20 faces). Le célèbre philosophe grec, dans son livre Timée publié vers 358 av. J.-C., associait chacun des 4 éléments de l’univers avec un solide régulier : la Terre avec le cube, l'Air avec l'octaèdre, l'Eau avec l'icosaèdre et le Feu avec le tétraèdre. Enfin, le dodécaèdre, cinquième solide, représentait selon lui « le dieu utilisé pour arranger les constellations sur tout le ciel », parce qu’il ressemble le plus à la sphère.

    Cette symbolique de l’univers et du ciel a conduit à la création de petits dodécaèdres pleins, utilisés pour des séances de divination afin de prédire l’avenir par le jeu. Ainsi, en 1982 des archéologues, en train de faire des fouilles dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève (Suisse), ont découvert un dodécaèdre plein, en plomb recouvert d’une pellicule d’argent, portant sur chacune de ses faces un signe du zodiaque, écrit en latin. Haut de 3,5 cm, ce dé pèse 297 g et remonte au IVe siècle après J.-C. d’après les monnaies trouvées au même endroit. Autre découverte : en 1556 a été publié un livre intitulé « Le Dodechedron de Fortune, livre non moins plaisant et récréatif que subtil et ingénieux entre tous les jeux et passe-temps de fortune, autrefois composé par Jan de Meun pour le roi Charles V ». On y jouait avec le même type de dé à 12 faces, chacune portant un signe du zodiaque astrologique, que celui trouvé à Genève.

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    En 1982 des archéologues ont découvert dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève (Suisse) un dodécaèdre en plomb, portant sur chacune de ses faces un signe du zodiaque écrit en latin. Haut de 3,5 cm, ce dé plein pèse 297 g et remonte au IVe siècle après J.-C.

    Mais intéressons-nous, dans cet article, aux étonnants dodécaèdres en bronze creux ajouré et bouleté (ou perlé, selon les auteurs) dont la fonction n’est toujours pas connue à ce jour. Le premier dodécaèdre de ce type (aujourd’hui perdu, hélas) a été découvert le 28 juin 1739, par un archéologue britannique du nom de North, dans un champ près d’Aston (Angleterre).

    Des centaines de chercheurs ont étudié ces artefacts étranges afin d’essayer d’en percer les mystères. La mission n’est pas simple car, à l’heure actuelle, on n’a toujours pas trouvé de texte ancien les décrivant et expliquant leur fonction.

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    Des peintres comme Jacopo de Barbari (« Luca Pacioli avec son élève » - 1495 - Musée de Naples) ou Salvador Dali (« La dernière cène » - 1955 - National Art Gallery, Washington, USA) ont célébré les mystères du dodécaèdre.

    Le spécialiste qui a fait découvrir l’importance des dodécaèdres en bronze est le Français Julien de Saint-Venant, auteur d’une étude de 56 pages parue en 1907 à Nevers et intitulée Dodécaèdres perlés en bronze creux ajouré de l’époque gallo-romaine. À cette date, Saint-Venant a relevé l’existence de 41 dodécaèdres. Bien plus tard, en 1954, le chercheur suisse Waldemar Deonna réactualise le rapport de Saint-Venant en publiant Les dodécaèdres gallo-romaíns en bronze, ajourés et bouletés - À propos du dodécaèdre d'Avenches (Suisse).

    L’étude la plus récente date de fin 2013 : elle a été réalisée par l’archéologue autrichien Michael Guggenberger qui en recense 116, tous découverts uniquement en Europe du Nord. Parmi eux, une bonne moitié provient de France et d’Allemagne. Les autres ont été mis au jour en Autriche, Belgique, Grande-Bretagne, Hongrie, Pays-Bas, Suisse et ex-Yougoslavie. Il est curieux de noter leur absence dans tout l’espace méditerranéen (Italie, Grèce, Moyen-Orient, Espagne ou Afrique du Nord), région où l’Empire romain avait pourtant étendu sa domination. En effet, la trouvaille la plus méridionale en Europe est celle de la moitié d’un dodécaèdre, découvert en 1939 à Arles dans les ruines des thermes gallo-romains et exposé depuis au Musée Départemental Arles Antique.

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    Répartition géographique de 116 dodécaèdres. En rouge, les sites de découverte et, en gris, les endroits où sont exposés ceux dont on ignore la provenance (carte établie par l’archéologue autrichien Michael Guggenberger).

    L’existence d’un 117e dodécaèdre a été révélée dans le numéro 72 (paru en octobre 2007) de la revue Détection Passion, sous la plume du regretté Loïc Berton. Ce nouvel artefact n’est pas comptabilisé par l’archéologue autrichien Michael Guggenberger. Malheureusement, on sait peu de choses sur cet objet et sur son découvreur. Loïc nous apprend qu’il a été trouvé, à la fin des années 1990, sur les vestiges d’un modeste habitat gallo-romain situé dans un sous-bois au nord de Paris. À un mètre de ce dodécaèdre a aussi été mise au jour une statuette en bronze, haute de 10/15 cm et ressemblant à la déesse Junon, reine des dieux et protectrice du mariage. Cependant, je ne partage pas l’hypothèse consistant à dire que le dodécaèdre servait de socle à la statue et que ses ouvertures indiquaient les mois du calendrier : sur les 116 trouvailles de dodécaèdres, relevées par Guggenberger, on ne signale en effet aucune statuette à proximité.

    Enfin, lors de mon enquête pour rédiger cet article, j’ai trouvé par hasard sur Internet la photo d’un 118e dodécaèdre, totalement inconnu et, lui aussi, non référencé par Guggenberger : il a été trouvé par un Anglais du nom de Brian Campbell. Je suis parvenu à contacter ce dernier : il m’a alors dit l’avoir trouvé en 1989, dans son verger situé à Romford, petite ville à 25 km au nord-ouest de Londres qui existait à l’époque de l’occupation romaine sous le nom de Durolitum. D’un poids de 120 g et de 5 cm de hauteur, le dodécaèdre était coincé à 1,20 m de profondeur dans la souche d’un arbre et n’était accompagné d’aucun autre artefact qui aurait permis de le dater. Brian Campbell, ne comprenant pas ce qu’était sa trouvaille, m’a avoué l’avoir laissée pendant une dizaine d’années sur le rebord extérieur d’une des fenêtres de sa maison !

    Les dodécaèdres en bronze ont tous des points communs entre eux : ils possèdent 12 faces percées d’ouvertures circulaires de tailles différentes, ils ont une boule sur chacun des 20 sommets et ont été coulés selon la technique de la cire perdue. En revanche, parmi tous ceux découverts à ce jour, on n’en trouve aucun de la même dimension !

    Leur hauteur (distance entre deux faces opposées parallèles, sans compter les boules) varie de 4 à 10 cm, l’épaisseur de leur tôle fait 1 à 3 mm et leur poids va de 35 g à 1 044 g (ce dodécaèdre très lourd a été trouvé en 1768 à Carmarthen en Angleterre). Enfin, sur de nombreux exemplaires, on a remarqué que les deux ouvertures les plus grandes sont situées sur des faces opposées.

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    Sur le développement à plat du dodécaèdre trouvé à Saint-Parize-le-Châtel (Nièvre), on voit bien les différences de diamètre entre les ouvertures des 12 faces, ainsi que les ocelles (ronds avec un point central) qui les entourent.

    Si toutes les trouvailles se répartissent donc sur l’ancien territoire celtique plutôt que romain, la datation des dodécaèdres ne correspond pourtant pas à la civilisation celte : les spécialistes situent, en effet, leur création entre les IIe et IVe siècles après J.-C., donc à l’époque gallo-romaine.

    Cette datation a pu être déduite de l’étude de 35 trouvailles pour lesquelles on connaît le contexte archéologique avec une grande précision : 13 dodécaèdres ont été découverts dans des camps militaires, 6 dans des ruines de maisons antiques, 3 dans des champs, 3 dans une tombe, 3 dans le lit d’un fleuve, 2 dans des thermes (dont un, daté vers 250 après J.-C. et pesant 81 g, trouvé en Mayenne en 1995 par des archéologues à Jublains, l’antique Nouiodunum, capitale de la tribu gauloise des Diablintes), 2 accompagnant un trésor monétaire, 1 dans les ruines d’un théâtre, 1 dans un puits et 1 découvert en 1980 à proximité immédiate d'un sanctuaire celto-romain à Schwarzenacker (Allemagne), rasé en 276 après J.C. par les Alamans.

    Fait surprenant : aucun dodécaèdre n’a jamais été officiellement mis au jour à l’aide d’un détecteur de métaux !

    APPEL AUX LECTEURS DE MON BLOG !

    Si vous avez découvert un dodécaèdre en bronze, merci d'avoir la gentillesse de m’adresser une photo et de préciser le nom de la commune où a été faite la trouvaille. Mon email : jimandorla@sfr.fr

     

    À quoi pouvait donc servir ce type d’objet ?

    À ce jour, de très nombreuses hypothèses ont été proposées par les chercheurs. Certaines sont totalement fantaisistes ou même parfaitement absurdes, d’autres sont crédibles. On peut les classer en 7 grandes familles :

    - Une arme : casse-tête, pommeau d’épée... Cela me paraît peu crédible.

    - Un jouet : dé géant (mais quel nombre associer à chaque face ?), objet pour jeu d’adresse, bilboquet… Cette hypothèse ne me semble pas très convaincante.

    - Un instrument professionnel : mesureur d'angle pour l’arpentage (voir dessin), appareil pour faire des calculs en astronomie, outil pour calibrer la fabrication de tubes de métal, gabarit de bijoutier,… Approche intéressante.

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    Pour certains chercheurs, les dodécaèdres seraient des instruments utilisés par des professionnels pour mesurer des angles (par rapport à l’horizon) lors de l’arpentage, pour faire des calculs en astronomie,…

    - Un objet de culte religieux : porte-encens, amulette magique des druides, garniture de goupillon, instrument de divination astrologique (12 faces = 12 signes du zodiaque, mais dans ce cas à quel signe correspondrait chaque face ?)… Thèse peu crédible.

    - Un objet domestique : chandelier, porte-fleurs… Suggestion pas crédible.

    - Un objet servant à calculer la meilleure date pour semer le blé d’hiver en fonction de la position du soleil : cette thèse a été publiée en 1996 par le chercheur néerlandais Sjra Wagemans, ce qui expliquerait alors pourquoi les dodécaèdres ne sont présents que dans le nord de l’Europe. Hypothèse très intéressante.

    - Un objet servant à tricoter des gants de laine (qui n’étaient donc pas utiles dans le sud de l’Europe) : cette toute nouvelle hypothèse, que j’ai découverte lors de mes recherches, est démontrée dans une vidéo postée en 2014 par un certain Martin Hallett sur le site YouTube et est, à la fois, étonnante et pertinente (www.youtube.com/watch?v=poGapxsanaI). On y apprend aussi que la taille des doigts peut être calibrée grâce au diamètre des ouvertures du dodécaèdre ! Hypothèse étonnante et très crédible !

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    En 2014, Martin Hallett, un internaute anglais, a proposé une hypothèse originale pouvant expliquer la fonction d’un dodécaèdre : un objet servant à tricoter des gants de laine !

     

    200 après J.-C. : les sphères géantes du Costa Rica

    Appelée localement « Bolas grandes » (grandes boules), d’étonnantes sphères de pierre ont été découvertes dans les années 1930 dans une région du sud du Costa Rica (Amérique centrale) nommée Diquis Delta, située sur la côte pacifique, non loin de la frontière avec le Panama. On dénombre aujourd’hui environ 300 boules sur tout le territoire du Costa Rica.

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    La région, dans laquelle se trouvent la quasi-totalité des sphères de pierre, est nommée Diquis Delta (en jaune) : elle se trouve au sud du pays, sur la côte pacifique et non loin de la frontière avec le Panama.

    Ces sphères n’étaient connues que des habitants de la région, mais ceux-ci ignoraient tout de leur origine et de leur histoire.

    Il faut attendre l’implantation de la firme américaine United Fruit Company dans le Diquis pour que le monde apprenne l’existence de ces sphères : en effet, afin de réaliser une gigantesque plantation de bananiers, la compagnie doit défricher une partie de la jungle. Les ouvriers, travaillant sur le site, aperçoivent alors de nombreuses boules de pierre et, quand elles les gênent, n’hésitent pas à les mettre sur le côté afin de pouvoir passer avec leurs engins. Certaines ont même été pulvérisées volontairement (parfois à l’aide de dynamite !) car une rumeur, complètement absurde, se mit à parcourir la région qu’elles contenaient de l’or.

    Une jeune femme nommée Doris Stone (nom qui signifie « pierre » en anglais… étrange coïncidence !), dont le père travaille comme cadre chez United Fruit Company, se passionne pour ces sphères mises au jour dans la jungle. Elle finit par rédiger un article qui paraît en 1943 dans la revue American Antiquity et qui attire l'attention du docteur Samuel Lothrop (1892-1965), chercheur au musée Peabody d'archéologie et d'ethnologie, dépendant de la célèbre université américaine Harvard. Lothrop avait auparavant déjà visité de nombreux sites archéologiques en Argentine, au Panama et au Mexique.

    En 1948, il décide de se rendre au Costa Rica avec son épouse Eleanor : au total, il étudiera 186 boules dont le diamètre s’étale de quelques centimètres jusqu’à 2,40 m pour la plus grande, qui pèse environ 16 tonnes ! Il publiera ses conclusions, quinze ans plus tard en 1963, dans un livre intitulé Archaeology of the Diquís Delta.

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    Samuel Lothrop et son épouse Eleanor posent devant l’une des 186 sphères qu’ils ont étudiées. Quinze ans après cette expédition de 1948, Lothrop publiera ses conclusions dans un livre intitulé « Archaeology of the Diquís Delta ».

    Les boules ont été taillées dans une roche d’origine volcanique (appelée « gabbro ») provenant du lit du fleuve Terraba, à une cinquantaine de kilomètres de l'endroit où la majorité des sphères ont été découvertes. On ignore comment elles ont pu être transportées de ce fleuve jusqu’aux endroits où elles ont été trouvées… sachant que certaines étant même placées au sommet de collines !

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    Les boules ont été taillées dans une roche d’origine volcanique à une cinquantaine de kilomètres de l'endroit où la majorité des sphères ont été découvertes. Certaines ont même été trouvées au sommet de collines !

    Lothrop a cherché à savoir à quelle époque ces sphères ont pu être taillées : pour cela, il a recherché des morceaux de poterie sous les sphères et a pu les dater de différentes périodes s’étalant entre 200 et 1 500 après J.-C. Ces boules ont donc été façonnées à l’ère précolombienne, c’est-à-dire avant l’arrivée de Christophe Colomb qui débarqua ici en 1502, lors de son quatrième voyage. Mais ces boules ne sont signalées dans aucun des documents historiques rédigés par les colons espagnols : peut-être parce qu’elles étaient alors enfouies dans la jungle et donc pas visibles.

    Autre interrogation : comment ont-elles pu être réalisées avec une forme sphérique aussi parfaite ? Pour John Hoopes, professeur d’anthropologie à l’université du Kansas, les créateurs ont façonné les boules avec des marteaux de pierre.

    Cependant, au Costa Rica, une tradition locale circule disant que les anciens habitants avaient créé une mixture à base de plantes qui permettait de ramollir la pierre pour la travailler ! Cette rumeur, à première vue fantaisiste, est pourtant cohérente avec les récentes recherches du scientifique français Joseph Davidovits de l’Institut Géopolymère de Saint-Quentin (France), inventeur de la chimie de géopolymérisation. Pour lui, ces boules (mais aussi les pyramides d’Égypte) ont été construites en pierre calcaire reconstituée et n’ont pas été taillées et transportées sur des traîneaux et des rampes. Davidovits a démontré que des acides contenus dans certaines plantes (rumex, agave, bourse à Pasteur…) permettent, en effet, de dissoudre le carbonate de calcium contenu dans les pierres calcaires ou dans le marbre.

    À quoi servaient donc ces sphères ? À ce jour, les hypothèses sont nombreuses : représentation du système solaire (on a découvert des alignements de 4 ou 5 pierres), pierres tombales, balises pour les navigateurs (mais la quasi-totalité des pierres ont été trouvées loin des côtes), objets de culte religieux... Il existe aussi des thèses plus ésotériques faisant état du passage d’extraterrestres ou d’habitants de l’Atlantide ! 

    Des sphères ont même été découvertes sur une plage du Costa Rica, au bord de l’océan Pacifique : on ne comprend pas pourquoi, et depuis quand, elles se trouvent là.

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    Des sphères ont aussi été découvertes sur une plage non fréquentée du Costa Rica, au bord de l’océan Pacifique : on ne comprend pas pourquoi, et depuis quand, elles se trouvent précisément là.

    À noter que d’autres sphères ont été découvertes ailleurs : au sud de la Nouvelle-Zélande, sur la plage de Koekohe, où on les appelle Moeraki Boulders (rochers Moeraki).

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    Les "Moeraki Boulders" sur la plage de Koekohe (Nouvelle-Zélande).

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    Des "Moeraki Boulders" détruites par l'érosion.

    Plus récemment (avril 2016), en Bosnie, l'archéologue Semir Osmanagic a mis au jour, dans une forêt près de la ville de Zavidovici, une sphère d’environ 2,50 m de diamètre qu’il estime « avoir été sculptée par une ancienne civilisation qui daterait de plus de 1 500 ans ».

    Pour Mandy Edwards, chercheuse à la School of Earth, Atmospheric and Environmental Sciences de l'Université de Manchester : « Cette sphère de Bosnie pourrait être plutôt le résultat d'un processus de concrétion. Autrement dit, du matériau minéral naturel aurait précipité dans les cavités laissées dans les sédiments et se serait assemblé, formant une structure sphérique ».

    Autres hypothèses évoquées par différents chercheurs à propos de toutes ces sphères : ce sont des météorites, des oeufs de dinosaures pétrifiés ou, plus délirant, des artefacts laissés par des visiteurs extraterrestres !

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    L' archéologue bosniaque Semir Osmanagic pose auprès de la sphère qu'il a découverte en avril 2016 dans une forêt, près de la ville de Zavidovici.

     

    340 après J.-C. : le disque astrologique de Chevroches

    En 2001, lors de fouilles archéologiques préventives menées par l’INRAP (Institut de recherches archéologiques préventives) avant la construction d’un village de vacances à Chevroches, une bourgade située près de Clamecy (Nièvre), des archéologues découvrent deux trésors monétaires accompagnés d’objets métalliques en bronze, fer et plomb.

    Trois ans plus tard, de nombreux artefacts sont envoyés pour restauration au Laboratoire d'archéologie des métaux de Jarville (Meurthe-et-Moselle). Parmi eux, un minuscule disque qui avait été identifié, à l’époque de sa découverte, comme un banal élément de harnais de cheval.

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    Le minuscule disque en tôle de bronze, découvert lors des fouilles archéologiques préventives à Chevroches (Nièvre), comporte des inscriptions ciselées sur son pourtour.

    En l’examinant de plus près, un chercheur s’aperçoit que ce disque en tôle de bronze, mesurant 6,5 cm de diamètre, est bombé (probablement pour figurer sur un support en forme de boule) et qu’il comporte des inscriptions ciselées sur son pourtour, n’ayant pas été décelées lors de sa découverte !

    Le disque est divisé en 12 secteurs égaux de 30° chacun, dans desquels sont gravés trois mots superposés, en caractères grecs : la ligne extérieure correspond aux 12 mois égyptiens, la ligne médiane aux 12 signes du zodiaque et la ligne intérieure aux 12 mois romains. La lecture se fait à partir de Thôth, dieu lunaire et premier mois du calendrier égyptien, qui commence à la date de notre 28 août (le 29 pour les années bissextiles). Il correspond au signe zodiacal de la Vierge.

    Un orifice circulaire de 5 mm de diamètre a été percé au sommet de l’objet afin, semble-t-il, de laisser passer un axe muni probablement d’une flèche qu’on pouvait faire tourner pour indiquer l’un des secteurs.

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    Le disque de Chevroches est divisé en 12 secteurs de 30° chacun, dans lesquels sont inscrites en grec trois lignes de mots superposés : à l’extérieur les mois égyptiens, au milieu les signes du zodiaque et à l’intérieur les mois romains.

    On pense que ce disque servait à dresser l’horoscope d’une personne en vue de lui prédire son avenir. C’est ce que les astrologues ou les voyants appellent aujourd’hui un « support ». La petite taille du disque s’explique probablement par le fait que son propriétaire devait pratiquer l’astrologie de façon itinérante, en voyageant d’une ville à l’autre dans la Gaule de l’époque.

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    Dans l’Antiquité, astrologues, mathématiciens et astronomes étaient souvent confondus car ils observaient les astres dans le ciel et réalisaient de nombreux calculs.

    Selon les archéologues, cet objet est totalement unique dans le monde gallo-romain et aurait été façonné avant 340 après J.-C. En effet, cette année-là, l’empereur romain Constant Ier, qui régna de 337 à 350, promulgue un édit « punissant de mort tout mathématicien, astrologue ou chercheur du ciel » (notez que le mot "astronome" n'existait pas encore à l'époque !).

    La sentence était terrible : tout citoyen romain, convaincu de posséder un objet servant à faire de la divination, était décapité ou livré aux fauves lors de jeux du cirque ! Il s’agissait donc du même châtiment que celui infligé aux Chrétiens pendant les trois premiers siècles de notre ère.

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    En 340 après J.-C., l’empereur romain Constant Ier promulgue un édit, livrant aux fauves tout citoyen romain, convaincu de posséder un objet servant à faire de la divination (tableau de Jean-Léon Gérôme - 1885 - Walters Art Gallery, Baltimore, USA).

     FIN

     

  • ARTEFACTS MYSTÉRIEUX (1)

    Enquête sur 7 énigmatiques artefacts de l’Antiquité (1ère partie)

    Par Jacques Mandorla

    Auteur de "60 trésors fabuleux à découvrir"

    (Éditons Trajectoire)

    272 pages - 356 illustrations en couleurs - 25 €

    Disponible sur www.amazon.fr, www.fnac.fr et en librairie

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    Plusieurs objets, datant de l’Antiquité, posent des énigmes quasiment insolubles aux archéologues et aux historiens. Voici les 7 artefacts les plus surprenants existant sur Terre, dont la fonction n’est toujours pas parfaitement identifiée à ce jour : le disque en argile de Phaistos, le disque céleste de Nebra, la pile électrique de Bagdad, l’horloge astronomique d’Anticythère, les étranges dodécaèdres en bronze, les sphères géantes du Costa Rica et le disque astrologique de Chevroches.

    Dans ce premier article, partons à la découverte des 4 premiers étonnants trésors archéologiques, classés dans l’ordre chronologique de la date présumée de leur création : le disque en argile de Phaistos, le disque céleste de Nebra, la pile électrique de Bagdad, l’horloge astronomique d’Anticythère.

    1 700 avant J.-C. : le disque en argile de Phaistos

    Le 3 juillet 1908 à Phaistos (Crète), l’archéologue italien Luigi Pernier fait une découverte très spectaculaire en exhumant un disque en argile comportant, sur chaque face, une écriture énigmatique. Juste à côté de cet objet se trouvait un morceau de tablette comptable, gravée de signes en Linéaire A, une écriture utilisée dans la Crète ancienne entre 1 800 et 1 500 avant J.-C. et toujours pas déchiffrée à ce jour.

    Le disque mesure environ 16 cm de diamètre pour 1,9 cm d’épaisseur. Il est aujourd’hui exposé au musée archéologique d’Héraklion, la capitale de la Crète.

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    Sur les 2 faces, on dénombre 45 signes différents, appelés aussi pictogrammes, dont certains reviennent plusieurs fois. Au  total, on compte 241 signes : 123 sont répartis dans 31 cases sur la face A et 118 dans 30 cases sur la face B, tous réalisés à l’aide de poinçons imprimant chaque dessin dans l’argile fraîche, avant que celle-ci n’ait été passée au four.

    Les trois signes reproduits le plus souvent sont « le guerrier à la crête », gravé 19 fois, « le bouclier » présent 17 fois et « la peau de bête » 15 fois. Certains signes sont très explicites parce que leur dessin s’interprète de façon immédiate : aigle, poisson, serpent, bâton, hache, fleur,… D’autres sont des personnages plus difficiles à interpréter. Et certains sont incompréhensibles.

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    Les 45 pictogrammes différents, figurant sur les deux faces du disque, ont été classés et numérotés de 1 à 45 par l’archéologue anglais Arthur Evans.

    Ces signes sont disposés comme dans nos « jeux de l’oie » modernes : les cases se suivent en une spirale partant de l'extérieur et se dirigeant vers le centre. L’archéologue Luigi Pernier pense que les signes du disque doivent se lire en partant du centre et en allant vers l’extérieur car les différents personnages du disque se déplacent ou regardent vers la droite.

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    Dessins précis figurant sur les deux faces du disque.

    Réussir à savoir quand ce disque a été réalisé n'est pas chose facile. En effet, personne n’étant parvenu, à ce jour, à déchiffrer les signes figurant sur les deux faces, on ne dispose d’aucune information qui permettrait une datation, comme par exemple des noms de rois, de lieux, de batailles,… De plus, l'absence dans l’argile de toute trace de matière organique (bois, pollens, insectes…) empêche d’utiliser la technique habituelle de datation au Carbone 14. Luigi Pernier, en observant de nombreux débris de céramiques retrouvés près du disque, a estimé l’âge de fabrication du disque entre 1 700 et 1 620 avant J.-C.

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    C’est dans le petit « compartiment », au premier plan à droite, que Luigi Pernier  a découvert le disque d’argile gravé d’une écriture énigmatique. (C) Philippe Plagnol

    Depuis 1908, tous les spécialistes qui cherchent à résoudre l’énigme de cette écriture se trouvent devant une difficulté majeure : le disque ne comporte pas, à côté des pictogrammes, une seconde écriture qui serait déjà connue. Cela aurait permis de procéder comme pour l’étude de la pierre de Rosette, découverte en 1799 au nord de l’Égypte par des soldats de Napoléon : la cohabitation de trois écritures différentes d’un même texte (hiéroglyphes en haut, démotique au milieu et grec ancien en bas) avait, en effet, donné à Jean-François Champollion les clés pour parvenir à déchiffrer l’écriture sacrée des anciens Égyptiens.

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    La Pierre de Rosette, découverte en 1799 au nord de l’Égypte par des soldats de Napoléon, a permis à Jean-François Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes en 1822.

    Pour la plupart des chercheurs, le texte du disque de Phaistos serait écrit en grec ancien. Parmi les essais de déchiffrement qui ont été proposés à ce jour, on relève pratiquement autant d’hypothèses qu’il y a de chercheurs : calendrier astral, hymne guerrier, éloge funèbre, hymne à la déesse de la fertilité, document comptable, prière, manuel pour prévoir l’avenir, inscription magique, liste d’offrandes faites à un temple, traité politique, décret juridique, invitation à la fête des fleurs, plan d’un palais crétois, démonstration mathématique, appel à la guerre, partition musicale, jeu de société... Des interprétations ésotériques farfelues ont même été émises, évoquant un document provenant de l’Atlantide ou encore un message des extraterrestres !

    Parmi la centaine de propositions existantes, voici les plus notables. En 1976, le chercheur russe Vladimir Georgiev suppose que le disque relate l’histoire du roi de Crète Minos. En 1996, Derk Ohlenroth croit reconnaître une offrande faite à Zeus, afin de calmer son courroux après l’éruption du volcan de Santorin, qui s’est produite vers 1 600 av. J.-C. En 2001, le mathématicien scandinave Ole Hagen considère être en présence d’un calendrier astronomique indiquant les différentes phases de la Lune. En 2003, l’ingénieur tchèque Petr Kovar suggère que les signes sont écrits en langue slave archaïque et relatent la confession d’une esclave retenue en captivité par le roi de Crète.

    En 2013, l’ingénieur français Philippe Plagnol estime qu’il pourrait être lié aux bagues minoennes du XIVe siècle av. J.-C. et à la Palestine. En 2014, Gareth Owens, chercheur en linguistique de l'Institut technologique de Crète, et John Coleman, professeur de phonétique à Oxford, estiment qu’il s’agit d’un texte de prière à la déesse-mère.

    À ce jour, et malgré toutes les recherches menées depuis plus d’un siècle, le mystère du disque de Phaistos n’est toujours pas entièrement résolu !

     

    1 600 avant J.-C. : le disque céleste de Nebra

    Si des policiers suisses n’avaient pas interpellé des revendeurs allemands d’objets archéologiques provenant de pillages, on ignorerait probablement encore l’existence du « disque de Nebra ».

    La scène se passe à l’hôtel Hilton de Bâle le 23 février 2002 : de vrais policiers, jouant les faux acheteurs, arrêtent un couple qui leur propose, pour 350 000 euros (!), un lot comprenant deux épées, des bracelets, trois haches et un énigmatique disque, rehaussé de plaques d’or incrustées. Tous ces artefacts, provenant d’un même dépôt, sont en bronze.

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    Placé en garde à vue, le couple finit par avouer avoir acheté ce lot pour 18 000 euros. La transaction s’est faite dans son restaurant, situé dans la ville de Neuss près de Cologne. Les enquêteurs découvrent alors, avec stupeur, que c’est le lieu de rendez-vous de nombreux utilisateurs de détecteurs de métaux qui pillent des sites archéologiques, puis viennent y vendre leurs trouvailles !

    Le lot confisqué a été trouvé par deux prospecteurs qui arpentaient, en juillet 1999, une petite butte boisée de 250 m de hauteur, appelée mont Mittelberg, en Saxe-Anhalt (Allemagne centrale), près de la ville de Nebra/Unstrut. Les deux détectoristes seront condamnés en septembre 2003 à une peine de prison avec sursis et à 250 heures de travail d’intérêt général.

    Alerté par les enquêteurs, l’archéologue Harald Meller, spécialiste de la civilisation de l’Âge du Bronze, se rend sur le lieu de la découverte indiqué par les détectoristes et identifie alors les traces d’une enceinte circulaire de 300 m environ, au centre de laquelle ont été trouvés les objets qui faisaient vraisemblablement partie d’un dépôt cultuel. L’analyse par la technique du Carbone 14, effectuée peu après, a permis de dire que les objets datent de 1 600 avant J.-C.

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    Le disque fait 32 cm de diamètre, 2 mm d’épaisseur et pèse 2 100 g. Il représente, d’après l’archéologue Harald Meller, une vue du ciel sur fond vert, comprenant plusieurs éléments cosmiques : le Soleil (cercle), la Lune (croissant), 7 points groupés entre le Soleil et la Lune (peut-être la constellation des Pléiades : dans la mythologie grecque, celles-ci symbolisaient les sept filles d’Atlas), 23 points (étoiles) et deux arcs de cercle (solstices d’été et d’hiver ? lignes d’horizon ? barques célestes ?).

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    Dans la mythologie grecque, les Pléiades symbolisaient les sept filles d’Atlas : sur le disque de Nebra, cette constellation est représentée par 7 points groupés, entre le Soleil et la Lune (tableau de Elihu Vedder – Met de New York - 1885).

    Le disque pourrait donc être une représentation du ciel faite par un observateur situé en Allemagne il y a 3 600 ans : ce serait alors la configuration la plus ancienne de la voûte céleste.

    Il est intéressant de noter que la constellation des Pléiades jouait, dans l’Antiquité, un rôle important dans l'établissement des calendriers agricoles (dates de semailles et de moissons).

    Le disque (ainsi que de nombreux autres objets archéologiques trouvés sur le site) est maintenant exposé dans un musée nommé « Arche Nebra », spécialement bâti en 2007 sur le lieu même de la découverte.

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    L'Arche Nebra », musée spécialement bâti en 2007 sur le lieu même de la découverte.

     

    250 avant J.-C. : la pile électrique de Bagdad

    Lors de fouilles archéologiques effectuées en 1930 sur le site montagneux de Khujut Rabu, au sud-est de Bagdad (Irak), les chercheurs de la Direction générale des Antiquités irakiennes ont trouvé de nombreux objets (verreries, statuettes de terre, tablettes gravées…) dans les ruines d'un village occupé jadis par les Parthes, peuple semi-nomade originaire de la Perse antique qui a vécu dans la région vers le IIIe siècle avant J.-C.

    Tous les objets ramassés lors de cette mission sont alors rangés négligemment dans une caisse portant l’étiquette « Objets de culte non classés » et qui est ensuite remisée dans les réserves du musée.

    Il faut attendre 1936 et l’arrivée de l’artiste-peintre et archéologue amateur autrichien Wilhelm König, nommé conservateur du Musée national d’Irak, pour redécouvrir la caisse et son contenu. Un objet retient plus particulièrement l’attention de König : « C'est un instrument qui ressemble à un vase d'argile jaune clair dont le col aurait été ôté. Il contient un cylindre de cuivre, fermement maintenu par du bitume. Le vase mesure 15 cm de haut pour un diamètre de 7,5 cm. Le tube cylindrique est une feuille de cuivre recourbée de 9 cm de long et d'un diamètre de 26 mm. À l'intérieur se trouve une tige de fer complètement oxydée dont l'extrémité supérieure dépasse du bouchon de 1 cm environ. Elle est recouverte d'une couche gris-jaune d'un métal largement oxydé qui ressemble à du plomb. L'extrémité inférieure de la tige de fer n'atteint pas le fond du cylindre, sur lequel se trouve une couche de bitume de 3 mm d'épaisseur. Tous les éléments de l'objet ont été assemblés et examinés séparément. Après ces opérations, il est apparu de façon évidente qu'il ne pouvait s'agir que d'un élément électrique. Il ne manquait qu'un liquide acide ou alcalin pour qu'il soit complet ».

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    Les trois éléments de la pile de Bagdad : de gauche à droite, le vase en céramique de 15 cm de haut, le cylindre de cuivre de 9 cm et la tige de fer complètement oxydée.

    Quarante-deux ans plus tard, en 1978, lors d’une exposition sur l'Irak au musée Roemer et Pelizaeus d'Hildesheim en Allemagne, l’égyptologue Arne Eggebrecht, directeur de ce Musée, est intrigué par cet objet. Il décide d’en construire une réplique, parvient à faire fonctionner la pile et, après avoir fait passer un courant électrique, réussit à recouvrir une statuette en argent d'une fine couche d'or en l’immergeant dans une solution de cyanure d'or.

    Jusqu’à présent, les archéologues n’expliquaient la méthode de dorure à l’aide d’une feuille d'or, utilisée dans l’Antiquité, que de deux façons : par placage ou par cloutage. Avec sa copie de la pile de Bagdad, Eggebrecht a pu fabriquer en un peu moins de deux heures un objet parfaitement doré, comme permet de le faire la technique moderne dite de galvanoplastie.

    Pour que cette pile antique fonctionne selon le principe de celle inventée par le physicien italien Alessandro Volta en 1800 (un empilement de disques de zinc et de cuivre, séparés par un morceau de tissu imbibé d’eau salée), il suffit juste de rajouter des fils de connexion et de mettre de l’acide pour déclencher la réaction.

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    La pile inventée en 1800 par le physicien italien Alessandro Volta : un empilement de disques de zinc et de cuivre, séparés par un morceau de tissu imbibé d’eau salée.

    La pile testée par Eggebrecht a généré une tension comprise entre 0,5 et 1 volt. Pour obtenir un courant plus puissant, il est nécessaire d’associer plusieurs piles entre elles : or, d’autres exemplaires de la pile dite de Bagdad ont été trouvés dans les fouilles de Khujut Rabu, ce qui laisse penser que les Parthes connaissaient ce principe.

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    Pour l’égyptologue Arne Eggebrecht, cet objet servirait à recouvrir une statuette métallique d'une fine couche d'or, en l’immergeant dans une solution de cyanure d'or et en faisant passer un courant électrique.

    Aujourd’hui, les archéologues restent divisés sur l'utilisation réelle de cet artefact : certains adhèrent à l’hypothèse de la pile, mais d’autres penchent plutôt pour un objet à connotation magique (en insérant, dans le cylindre de cuivre, de petits rouleaux de textes religieux) ou encore pour un appareil servant à réparer les trous dans les outres de peau, récipients permettant d’emporter de l’eau dans le désert.

                                                  

    100 avant J.-C. : l’horloge astronomique d'Anticythère

    Cet étrange artefact a été découvert en 1900 par des pêcheurs d’éponges grecs, dans une épave gisant à une quarantaine de mètres de profondeur, au large de l’île d’Anticythère, située au nord-est de la Crète. 

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    À gauche, l’objet remonté par les plongeurs et, à droite, sa photo aux rayons X, réalisée en 1971 par la Commission grecque de l'énergie atomique, à la demande du physicien anglais Derek de Solla Price.

    À cette époque, l’équipement technique de plongée étant très rudimentaire (épaisses semelles de plomb et gros scaphandre relié à la surface par un tuyau), les pêcheurs étaient obligés de prendre d’énormes risques. Résultat : on remonte à la surface un mort et deux paralysés parmi les plongeurs de l’expédition !

    Les trouvailles dans l’épave sont nombreuses et de grande qualité : amphores, pièces de monnaies, bijoux et surtout statues de bronze et de marbre, dont la plus belle sera baptisée « L’éphèbe ». Grâce aux monnaies, on a pu préciser que le naufrage avait eu lieu en l’an 86 avant notre ère, que le navire était romain, provenait de Rhodes et se dirigeait vers l’Italie.

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    Parmi le trésor trouvé en 1900 par les plongeurs d’Anticythère figurent des amphores, des pièces de monnaies, des bijoux et surtout des statues de bronze et de marbre, dont la plus belle a été baptisée « L’éphèbe ».

    Parmi les objets remontés par les plongeurs se trouvent des morceaux de bronze corrodé, recouverts de concrétions de calcaire et de corail, le tout maintenu par les restes d'une structure en bois.

    Deux ans plus tard, l’archéologue grec Valerios Stais, directeur du Musée national d’archéologie d’Athènes, alors qu’il étudie le bloc, remarque la présence de roues dentées : il en déduit qu’il s’agit des restes d’un astrolabe, instrument qui permet de mesurer la hauteur des astres et de lire l'heure en fonction de la position des étoiles ou du soleil.

    Cette machine est composée de 82 éléments dont 32 roues dentées, 5 cadrans et des aiguilles mobiles. L'ensemble mesure environ 21 centimètres sur 16 et fait 5 cm d'épaisseur. On y a déchiffré des inscriptions grecques qui permettent, d'après les caractères, d’en dater la fabrication aux alentours de 100 avant J.-C. Cette date écarte alors la possibilité, relevée par certains chercheurs, que ce mécanisme puisse avoir été construit par Archimède, puisque le célèbre savant vécut en Sicile de 287 à 212 avant J.-C.

    L’artefact pourrait alors avoir été conçu dans l’île de Rhodes (d’où venait le navire) car deux astronomes exceptionnels y ont vécu dans l’Antiquité. Le premier fut Hipparque de Nicée (180-126 avant J.-C.), célèbre mathématicien et astronome grec, inventeur des tables trigonométriques dont il se servait pour calculer les tailles du Soleil et de la Lune, et leurs distances par rapport à la Terre. Le second se nommait Posidonios d'Apamée (135-51 avant J.-C.), un savant et philosophe stoïcien. Or, on possède un intéressant témoignage du célèbre homme politique romain Cicéron qui révèle, dans son livre De la nature des dieux, avoir vu à Rhodes un globe créé par Posidonios et reproduisant les mouvements des planètes du système solaire.

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    Posidonios a inventé à Rhodes, vers 100 avant J.-C., un globe reproduisant les mouvements des planètes du système solaire, instrument qui pourrait être celui trouvé dans une épave au large de l’île d’Anticythère.

    Puis, l’objet d'Anticythère est oublié dans le musée d’Athènes pendant plus de 50 ans, jusqu’en 1958 : alors qu’il visite le musée, un universitaire anglais du nom de Derek de Solla Price, titulaire de deux doctorats (physique expérimentale et histoire des sciences), est intrigué par l’artefact. Dans un article publié l’année suivante dans la revue Scientific American, le chercheur estime qu’il s’agit d’une sorte d’horloge astronomique sans balancier, conçue comme une machine à calculer les phases de la lune et la position des planètes connues à l’époque. Pour lui, ce serait un « antique ordinateur grec » !

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    Derek de Solla Price présente une reconstitution de l’artefact d’Anticythère : pour lui, il s’agit d’une sorte de machine à calculer les phases de la lune et la position des planètes connues à l’époque. Il l’a qualifiée d’antique ordinateur grec !

    Bien plus tard, en 1971, Solla Price demande à la Commission grecque de l'énergie atomique de passer l’objet aux rayons X et déclare alors : « Je dois avouer qu'au cours de ces investigations, je me suis très souvent réveillé la nuit pour me demander s'il était possible de réfuter l'évidence des textes, des inscriptions, du style et du contenu astronomique du mécanisme qui convergeaient tous résolument vers le premier siècle avant J.-C. Le mécanisme d'Anticythère doit incontestablement être considéré comme l’une des plus grandes inventions mécaniques de tous les temps ».

    Dans la seconde partie de cet article, nous étudierons les trois autres objets de l’Antiquité posant des énigmes, quasiment insolubles, aux archéologues et aux historiens : les étranges dodécaèdres en bronze, les sphères géantes du Costa Rica et le disque astrologique de Chevroches.

    À SUIVRE